Alexandra David-Néel

Aventurière, ethnologue, reportère, cantatrice et écrivaine, Alexandra David-Néel est la première femme à franchir les hautes solitudes du Tibet et à s'introduire à Lhassa en 1924, capitale interdite, avec son fils adoptif le lama Yongden. Elle a randonné pendant huit mois sous le déguisement d'une pèlerine mendiante tibétaine, ajoutant des crins de yak à sa chevelure, un peu d'encre de Chine, et se poudrant avec un mélange de braise pulvérisée et de cacao, comme elle le raconte dans ses carnets de route Voyage d'une Parisienne à Lhassa. Moins connue pour sa pensée anarchiste et féministe, elle contribue librement au journal La Fronde et signe des textes pamphlétaires où elle attaque l'église ou la propriété, réunis dans le volume Pour la Vie.

L'obéissance c'est la mort. Chaque instant dans lequel l'homme se soumet à une volonté étrangère est un instant retranché de sa vie.

Lorsqu'un individu est contraint d'accomplir un acte contrairement à son désir ou empêché d'agir suivant son besoin, il cesse de vivre sa vie personnelle et, tandis que celui qui commande accroît sa puissance de vie de la force appartenant à ceux qui se soumettent à lui, celui qui obéit s'annihile, s'absorbe dans une personnalité étrangère ; il n'est plus que force mécanique, outil au service d'un maître.

 

[...]

 

Qu’importe la couleur et la langage de celui qui est maître, qu’importe le sol où l’on vit, si l’on ne peut manger, ni penser, ni agir selon sa force et son désir ! L’ennemi, c’est le maître, quel qu’il soit. L’ennemi, il est dans tous les pays, en chacun de ceux qui peuvent dire à un autre :

Je veux. Et plus véritablement encore, l’ennemi est en chaque homme, dans l’ignorance qui seule crée les maîtres. La famille n’échappe pas à cette loi de nos sociétés qui met le trouble où devrait au contraire exister la plus complète union. Avec le système actuel de propriété, les enfants n’ont-ils pas intérêt à la mort de leurs parents, pour en hériter ? Il n’y a pas de sentimentalité qui tienne. [...] Qui donc crée des situations aussi lamentables, d’aussi regrettables conflits entre les sentiments affectueux et les besoins de la vie, sinon une société hypocrite se proclamant protectrice de la famille, contre ceux qui veulent qu’elle s’organise librement, par les seuls liens d’affection, sans que l’opposition des intérêts y puisse jamais jeter le trouble ou la désunion ? Faut-il continuer et citer les médecins, les vendeurs de remèdes, obligés de compter sur le mauvais état de de la santé publique pour s’en faire une source de revenus, ayant donc intérêt direct à ce que les cas de maladie soient nombreux, quittes à éprouver eux-mêmes l’influence délétère d’un milieu morbide ?

 

Pour la vie, 1998

Alexandra David-Néel

- Béa

février 2016

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