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© 2014

L'Alphabet des aveux

Louise de Vilmorin

L'HEURE D'AMOUR

 

Dans l'oiseau la pendule chante.

Les miroirs sont voilés de pleurs.

De la saison qu'amour invente

Le temps ne cueille pas la fleur,

Blanche edelweiss, étoile blanche

Dont la montagne est une hanche

Et dont la neige est de chaleur.

 

En l'indécis les heures sonnent.

Est-il déjà temps de dormir ?

La plus belle n'est plus personne,

Vous ne pourrez y revenir,

Son regard est de coquillage

Et sous les sables de son âge

L'oubli s'enlace à l'avenir.
 

— " Venez, venez. " — " La méfiance

Me dit de ne vous suivre pas,

Les jeux de votre préférence

Sont passe-temps vers le trépas. "

— " Non, non je t'ouvre les espaces

Où la caresse se déplace

Suivant l'empreinte de tes pas. "

 

Des peureux les lèvres sont sèches.

De la peur les pas sont comptés

Et le cheval de leur calèche

Ne peut descendre ni monter.

Dans l'attelage qui m'emporte

Je fuis du temps les saisons mortes.

Mes chevaux ne sont pas domptés.

 

 

— " Dans la chambre aux heures fermée

Notre voyage sera grand.

L'étendue y est enfermée

Nous en serons les continents. "

— " Non, l'heure est couchée à ma place,

A sa lèvre une fleur de glace,

En ses mains mon baiser mourant. "

 

Le temps d'amour est d'autre monde,

Son flot se cache dans la nuit

Des gorges où le baiser gronde,

Et sa belle étoile luit

Qu'au fond de la nuit des prunelles,

Dans ces ténèbres personnelles

D'où le désir n'est éconduit.

 

Je voyage et mon ombre porte

Celui qui me porte en m'aimant.

L'amour se tient à notre porte,

Ses soupirs sont mes diamants.

En me voyant ainsi parée

L'heure s'enfuit désemparée

Et retourne à ses battements.

 

D'imprudence je suis la reine,

De mes biens mes doigts sont les monts

Que gravit celui qui m'entraîne

A suivre ce que nous aimons.

Les lèvres des amants sont claires ;

L'amour les lave de prières.

Son accent chasse les démons.

 

 

         Louise de Vilmorin - L'alphabet des aveux

 

Béa