Interview – "Les Chiennes de Garde"

 

 

 

    « Nous vivons en démocratie. Le droit, est libre, mais tous les arguments ne sont pas légitimes. Toute femme qui s'expose, qui s'affirme, qui s'affiche, court le risque d'être traitée de « pute » ; si elle réussit, elle est souvent suspectée d'avoir « couché ». Toute femme visible est jugée sur son apparence et étiquetée : mère, bonne copine, bonne à tout faire, lesbienne, putain, etc. » (Extrait du Manifeste des Chiennes de Garde, lancé le 8 mars 1999 par Florence Montreynaud) 

 

 

    Mars 1999, au Salon de l’agriculture. Les mots « Tire ton slip, salope ! » sont lancés à la ministre de l’environnement, Dominique Voynet, dans l’indifférence générale. L’écrivaine et militante féministe Florence Montreynaud réagit aussitôt par une pétition en faveur de la ministre. Mais cet événement presque banal de la vie politique lui donne aussi une idée : celle d’un groupe féministe mixte contre le machisme et les insultes sexistes. C’est alors que l’association des Chiennes de Garde est fondée par Florence Montreynaud et Isabelle Alonso, pour lutter contre les violences symboliques sexistes dans l’espace public.  

    Parce que les violences verbales à l’encontre des femmes s’exercent partout, parfois sous couvert d’humour qui les banalise, et parce que le respect de la dignité des femmes est une valeur précieuse aux Chiennes de Garde, notre Web Magazine a décidé d’inaugurer sa section Castors de Guerre en s’entretenant avec Marie-Noëlle Bas, qui préside désormais l’association. 

llustration de Sarah Leleup. 

 

 

 

Le Castor : Quelle est votre définition du féminisme ? 

 

Marie-Noëlle Bas, présidente des Chiennes de Garde  : Etre féministe, c’est apprendre à penser par soi-même, hors des clichés sexistes ; agir en féministe, c’est agir avec d’autres pour que femmes et hommes soient égaux en dignité et en droits, et pour que ces droits soient appliqués. 

 

 

Pourriez-vous définir en quoi consiste votre organisation et quel est son fonctionnement ?  

 

Marie-Noëlle Bas : Les Chiennes de Garde ont pour objet la lutte contre les violences symboliques sexistes dans l'espace public en images et en mots. C'est une association loi 1901.  

 

 

Quelle est votre rôle au sein de cette organisation ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Présidente, attachée de presse, porte parole, co-webmistress. 

 

 

Pour quelle(s) raison(s) avez-vous fait le choix de rejoindre cette organisation féministe ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Parce que j'ai rencontré une féministe, écrivaine et historienne formidable qui s'appelle Florence Montreynaud. 

 

 

Vous dénoncez l'omniprésence des publicités  et injures sexistes dans l'espace public, pourquoi ne pas l'occuper ?  

 

Marie-Noëlle Bas : Nous avons choisi la sensibilisation plutôt que l'activisme parce que nous préférons faire de la pédagogie plus que de la provocation, c'est une histoire de tempérament, et il faut des deux pour faire avancer les droits des femmes. 

 

 

Frédéric Beigbeder fait partie des signataires du Manifeste contre les insultes sexistes. Pourtant, il est le premier à faire leur promotion en leur accordant la majorité des pages de son magazine masculin Lui. C’est également l’un des signataires du « Manifeste des 343 salauds » (en réalité, seulement 18 mégalos complètement machos) contre la pénalisation de la prostitution, publié dans le journal Causeur par Elisabeth Lévy, en novembre 2013. Cette présence hautement misogyne parmi les signataires de votre pétition n’est-elle pas... gênante ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Frédéric Beigbeder est comme de nombreuses personnalités, changeant. Il a signé le Manifeste il y a plus de 10 ans et l'a oublié manifestement.  

 

 

Vous déposez plainte auprès de l'Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité (ARPD) ou du Jury de déontologie publicitaire (JDP), écrivez des lettres ouvertes, etc., autant d'actions qui visent à faire réagir les agences et annonceurs de publicités. Croyez-vous qu'interpeller les consommateurs soit également nécessaire ?  

 

Marie-Noëlle Bas : Oui, nous le faisons lors de conférences auxquelles nous sommes invitées. 

 

 

Que pensez-vous de mouvements comme celui des Reposeurs qui dénoncent la publicité dans les métropolitains franciliens en tant qu’agression et source de gaspillage, et proposent de brèves actions non violentes au cours desquelles les panneaux publicitaires sont recouverts de post-it porteurs de slogans, tels « La publicité fait dé-penser », « La publicité pollue nos rêves » ou « Nous, vous, des cibles ? » ? 

 

Marie-Noëlle Bas : C'est un mouvement citoyen qui dénonce l'ensemble de la publicité. Les Chiennes de Garde dénoncent la publicité sexiste, nous nous rejoignons là-dessus. 

 

 

Que prévoit la loi en cas de publicités sexistes, racistes, homophobes ou injurieuses, et plus généralement en cas d'atteinte à la dignité de la personne humaine ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Aucune loi n'existe contre les publicités. *

 

 

Quels sont vos principaux succès, quelles publicités ont été retirées suite à vos plaintes ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Pulco, Axe, SNCF, Numéricable, Comité départemental du Jura, Axa, Smerep, Veet... Vous trouverez tout cela sur notre site : http://www.chiennesdegarde.com/.  

 

 

Le collectif a fait le choix de ne pas prendre position publiquement sur les questions de la prostitution, de la PMA et de la GPA, ou du port du voile. Pourquoi ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Parce que chaque association travaille sur son créneau en tant qu'association, mais chacun-e d'entre nous participe aussi à d'autres associations qui peuvent compléter ses propres convictions. Il est utile de travailler sur chaque créneau sexiste, il y en a tellement, mais nous nous rejoignons toujours sur des questions globales lors du 25 novembre ou du 8 mars. 

 

 

On a beaucoup entendu parler des Femen, mais l’on ignore la majorité des autres activistes et associations féministes. Comment expliquez-vous que les féministes soient si peu médiatisées ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Les activistes sont les plus médiatisées, c'est normal, c'est leur but. La Barbe est très médiatisée aussi. Les autres associations qui travaillent dans l'ombre sont plus ignorées par la médiatisation car celle-ci est tournée majoritairement vers les infos scandaleuses. 

 

 

Nous sommes étudiantes de master en lettres, philosophie, sociologie, études de genre, et nous nous lançons dans le Web Magazine du Castor car les journaux féministes se font rares, et que le peu existant n’accorde aucune place à la culture et aux arts. Ne trouvez-vous pas que cela est un manque ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Causette accorde un peu de place à la culture, mais il est vrai que le créneau culturel féministe est peu occupé. Ce sera très intéressant que vous l'occupiez. 

 

 

Quels sont vos conseils, vos recommandations à notre égard ? 

 

Marie-Noëlle Bas : Ne lâchez rien. 

 

 

*Note : Aucune loi ne fait directement référence aux publicités sexistes, toutefois l'article 16 du code civil sur la dignité de la personne humaine, et l'article 11 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, nous indiquent que la liberté d'expression est limitée quand il y a des abus.

 

 

 

 

Remerciements à Marie-Noëlle Bas. 

Ainsi qu'à Marie Perrin pour sa note explicative.

 

Questions de Pam Méliee Sioux et Béa. 

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