Petite contre-histoire féministe des avancées scientifiques

« J'ai appris que la voie du progrès n'était ni rapide ni facile », Marie Curie (1867-1934)

Du 14 mars au 14 juillet 2019, vingt-trois collectifs internationaux et artistes contemporaines étaient mises à l’honneur lors de l’exposition « Computer Grrrls » à La Gaîté Lyrique, à Paris. Les œuvres mettaient en lumière les préjugés sexistes dans l’informatique, réfléchissaient à la place des femmes dans les technologies, et imaginaient un futur numérique plus inclusif. Mais, la menace du stéréotype ainsi que l’invisibilisation d’une myriade de femmes à l’origine de progrès scientifiques sont coriaces. Alors, pour combler le vide dans nos manuels et rendre justice à toutes ces éclipsées de l’histoire, Sofia et Erik ont décidé d’écrire sur trois d’entre-elles, qui ont joué un rôle majeur dans les avancées scientifiques et représentent toutes ces victimes d’un sexisme institutionnalisé.

Margaret Hamilton

Dessin d'Erik

Pendant cinq mois, la Gaîté Lyrique à Paris rendait femmage, dans son exposition « Computer GRRRLS », à vingt-trois artistes et collectifs internationaux qui remettaient en cause les récits dominants sur les technologies. L'exposition exhumait le rôle méconnu des femmes dès les origines de l’informatique.

Marie Curie fait montre d’une grande clairvoyance en déclarant que le progrès n’est effectivement ni rapide, ni facile. Ce constat s’applique notamment à la vocation  scientifique des femmes. Ces dernières sont passionnées au même titre que les hommes par les sciences, néanmoins, force est de constater que nos physiciennes, informaticiennes, chimistes, ingénieures et doctoresses ne sont pas très connues et reconnues. Pourtant, dans tous les domaines, les femmes jalonnent l’histoire des avancées scientifiques. Nous n’évoquerons que trois d’entre elles parmi tant d’autres.

 

Ada Lovelace : la créatrice du premier programme informatique

         

Ada Lovelace est la fille de Lord Byron et d’Annabella Milbanke. Élevée par sa mère, elle aussi amoureuse des mathématiques, elle rencontre, à 17 ans, Charles Babbage, concepteur de l’ancêtre de l’ordinateur, la machine analytique.

 

Cette rencontre est déterminante pour Ada. En 1842, elle est chargée de traduire un mémoire sur la machine analytique de Babbage. Ada ajoute sept notes à sa traduction de l’article. Elle fait la description détaillée de la programmation de la machine et publie dans sa septième note le premier algorithme pouvant être exécuté par une machine. Elle créé un programme permettant de calculer les nombres de Bernouilli, une suite de nombres complexes se calculant par récurrence. Elle est la créatrice du premier programme informatique.

Margaret Hamilton : la créatrice du système embarqué pour Apollo

 

Dans les années 1960, Margaret Hamilton apparaît comme une exception dans le milieu scientifique essentiellement masculin. Elle travaille pour les missions du programme Apollo de la NASA sur les logiciels embarqués dans les vaisseaux spatiaux qui doivent prendre en charge la navigation et l'atterrissage sur la Lune. Elle est tellement passionnée par son travail que pendant ses longues heures de programmation, elle n’hésite pas à emmener sa fille à son bureau, ce qui lui est souvent reproché.

 

Elle innove dans le domaine du processus en créant un système de priorisation des tâches qui va s'avérer vital à la mission Apollo 11. Grâce à elle et son équipe, l’homme a pu marcher sur la Lune. En 1986, elle reçoit l’Ada Lovelace Award.

 

Katie Bouman : la première photographie d’un trou noir

Souvent comparée à Margaret Hamilton, Katie Bouman suit une brillante formation universitaire (Université du Michigan et MIT). Elle est nommée responsable au MIT à 27 ans, en 2016, elle prend part au développement de CHIRP, un algorithme capable de reconstituer l’image d’un trou noir. Il a été utilisé pour obtenir la photographie de M87*, le trou noir de la galaxie Messier 87.

Ada Lovelace, Margaret Hamilton, Katie Bouman sont de remarquables scientifiques dont le travail fut reconnu tardivement (plus de 27 ans après la mission Apollo pour Margaret Hamilton) ou est toujours remis en cause. En effet, certains historiens des mathématiques critiquent encore aujourd’hui le travail d’Ada, mentionnant la minceur de sa collaboration.

Quant à Katie Bouman, la jeune femme a dû essuyer de nombreuses critiques allant jusqu’au cyber-harcèlement. Elle répond très humblement à ses détracteurs sur les réseaux que le fruit de cette découverte résulte du travail d’une équipe de 200 personnes et d’une belle collaboration scientifique.

Aujourd’hui

Selon le site de l’UNESCO, dans le monde, seulement 30 % des chercheurs sont des femmes. Bien que les femmes soient de plus en plus nombreuses à s’inscrire à l’université, un grand nombre d’entre elles sont exclues des plus hauts niveaux qui leur permettraient de faire carrière dans la recherche. Cependant, une analyse des données plus approfondie révèle quelques exceptions surprenantes. Par exemple, en Bolivie, les femmes représentent 63 % des chercheurs, contre 26 % en France et 8 % en Éthiopie.

 

Entre 1990 et 2017, on note une légère augmentation des femmes dans les écoles d’ingénieur (de 20 % à 28%), le même constat peut être fait dans les BTS scientifiques. De nombreux facteurs peuvent être identifiés : les stéréotypes au sein de la famille ou de l’école, la peur d’être dans une filière uniquement masculine, la valorisation d’autres qualités chez les femmes, le manque d’encouragement à l’école, etc.

Sofia et Erik

Octobre 2019

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