Elle était une fois, Typhaine D

Conteuse, autrice et metteuse en scène engagée, Typhaine D revisite les histoires de notre enfance. Elle donne une voix aux héroïnes laissées-pour-contes : Sorcières, Fées et Princesses, qu'elle amène à s'unir et à se battre pour leurs droits, en créant une poétique Féminine Universelle.

Elle était une fois une Amazone aux yeux tout ronds, et ses deux acolytes poilues, Ponto et Patchouna, dans un café du 19e arrondissement de Paris… Voues avez bien lu : « elle était une fois ». Car ici, la « Féminine Universelle s'improse ». Ce langage féministe, que noues distillerons avec émerveillement dans cet article, Typhaine D se bat pour le mettre en pratique, jour après jour. Exaspérée par la règle de grammaire qui veut, depuis le XVIIIe siècle, que « le masculin l'emporte sur le féminin », la Guérillère invente un discours subversif, prenant à rebours le langage éminemment idéologique et masculiniste. Typhaine se montre interloquée : « Qui a décidé que le neutre était masculin ? Il faut réinventer un langage qui noues fasse exister ! ». Dans ce langage, les femmes incarnent la personne universelle. « Avec la Féminine Universelle, tu dis : « elle était une fois », « quelle heure est-elle ? », « elle ne fait pas belle aujourd'hui ». Chacune peut se l'approprier, l'emmener un peu plus loin. Et ainsi, récupérer les mots qu'ils noues ont volé, faire ressentir, à travers la langue, ce peuple : les femmes ».

 

« Rendre femmage »

 

Née en 1986 en région parisienne, Typhaine D a « toujours voulu être comédienne ». « J'ai lu beaucoup d'auteurs connus, comme Molière », explique-t-elle, « parce que les autrices de notre matrimoine n’étaient nulle part dans nos références, à l’école par exemple. » « Mais ce que je voulais par dessus tout, c'est désobéir à Richelieu et ses copains de l'Académie française ! ». Cet intérêt pour le théâtre classique la porte, après avoir obtenu un baccalauréat littéraire, vers les cours Florent. Pendant trois ans, Typhaine prend conscience des rapports oppressifs et hiérarchiques : « Il y avait une majorité de femmes pour peu de rôles féminins, et des rôles féminins minuscules, dévalorisants ». Mais elle développe aussi ses talents pour le chant, la danse, s'engage parallèlement dans une toute jeune association à l'époque : Osez le féminisme !, et commence à avoir des projets avec des metteurs en scène. « Ils portaient souvent des propagandes masculinistes. J'ai refusé de gros projets, afin de faire mon art bienveillant et de mettre à profit tout ce que j'avais appris dans mon militantisme. »

 

Typhaine caresse ses deux chiennes dragonnes aux aguets, qui ne perdent rien de ce qui se passe autour de noues, et poursuit. « Durant le Festival féministe pluri-disciplinaire Elles Résistent, en octobre 2012 à la Parole errante de Montreuil, j'ai retrouvé la plasticienne Michèle Larrouy, que j'avais déjà rencontrée au début de mon engagement militant. Elle m'a montrée sa robe de cendrillon avec un bustier en gants Mapa. C'est alors que j'ai eu l’envie de concrétiser une idée qui me trottait en tête depuis longtemps, celle d'une remise à l'endroit féministe des contes de fées. En 2012, j'ai joué Contes à Rebours pour la première fois en enfilant les costumes de Michèle Larrouy. Depuis, il y a eu une quarantaine de représentations en France, Belgique et au Québec. » Contes à Rebours, publiée à l'automne 2016, est une ovnie. Une œuvre féministe, entre le théâtre et le conte, à l'humour redoutable. Typhaine « rend femmage », selon l'une de ses expressions favorites, à neuf personnages de contes connus. Shéhérazade, Blanche Neige, Carabosse, Les Sept Filles de l'Ogre, Cendrillon, La Petite Sirène, Anne La Sœur Anne, La Grande Chaperonne Rouge, La Belle Au Bois Éveillée, se rassemblent ainsi lors d'un groupe de parole à la Maison des Fées. « Elles racontent la vérité, elles nomment les hommes agresseurs, se battent contre l'idée que les femmes sont divisées et sont des dangers entre elles. Elles réapprennent la sororité et leur propre valeur. »

Photo : Anne Billows

« La féminisme m'a sauvée »

 

Typhaine revendique un art engagé, sans ambiguïté. « Dans cette société, si tu ne prends pas partie, ça bénéficie à l'oppresseur. » Professeuse de théâtre depuis une dizaine d'années pour des élèves de 7 à 21 ans, coach en individuel, en entreprise et dans des associations, elle a développé un langage verbal et corporel, des outils d'empowerment et d'estime de soi, afin de faire déculpabiliser les femmes. Elle les encourage à être autrices de leurs propres vies et Soeurcières de cœur.

 

« La féminisme m'a sauvée », raconte Typhaine. « La féminisme m'a permise de m'aimer davantage, de me protéger des violences dans ma vie personnelle ou dans mon travail d'artiste. En mettant des mots, du sens, sur ce que j'avais subi et subissait encore, j'ai pu mettre en place des stratégies de combat et de protection. C'est cela qui sauve je crois, mettre du sens sur nos souffrances, et transformer la rage en luttes collectives, en art engagé. » Ses yeux crépitent d'une affection toute sorore. « La féminisme, c'est un chemin qui n'est jamais fini. C'est la bataille majeure de notre temps, qui prend tout. C'est l'abolition de l'ensemble des violences : misogynes, racistes, lesbophobes, gayphobes, spécistes, etc. et des leviers qui les permettent. C'est l'enjeu du siècle. Réaliser que c'est un système, et qu'on est toutes dedans, c'est le premier pas. Tu prends soudain conscience qu'au lieu de culpabiliser, tu peux mettre toute ton énergie pour te battre. » Chaperonnes, reprenons la Forêt !

Plus d'informations sur les représentations franciliennes à venir : http://www.typhaine-d.com/

Typhaine D en 6 dates :

 

- 17 avril 2010 et 22 avril 2014 : Rencontres avec Ponto et Patchouna sur les routes des abandons de vacances et des maltraitances. « Elles ont changé ma vie et m'ont amenée à m'engager pour les droits des personnes animales et à devenir végane anti-spéciste. »

 

- 2008 : Fin des études d'art dramatique. Premiers projets professionnels importants, Typhaine commence à donner des cours de théâtre, qui l'amèneront plus tard au coaching.

 

- Février 2010 : Première réunion avec Osez le féminisme ! au Planning Familial de Paris.

 

- Novembre 2010 : Rencontre avec Geneviève Fraisse à l'occasion de tournages pour la campagne « Viol la Honte doit Changer de Camp », qui lui fait découvrir l'autrice du matrimoine Fanny Raoul et son texte Opinion d'une Femme sur les Femmes à partir duquel elle créé un spectacle.

 

- Octobre 2012 : Écriture et première représentation de Contes à Rebours. Ce dernier paraît en livre quatre ans plus tard.

Novembre 2017

Pam Méliee Sioux

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