Ellyäh DaWN, premier clip en exclu !

Le groupe LGBTQIAAP+ rennais Ellyäh DaWN dévoile en exclusivité pour Le Castor Magazine son premier clip « AMMEMMA » issu de l’Acte I intitulé « Nous étions morts avant d’avoir vécu » de sa nouvelle tragédie musicale. Un morceau finement ciselé qui hirsute le poil et augure un bel envol.

 


On plonge dans les abysses d’« AMMEMMA », le premier clip du groupe rennais Ellyäh DaWN, qui est centré sur les vécus de leurs parcours lesbiens, transgenres, pansexuels, neuroatypiques, et soulève aussi la question du regard sur l’ensemble des minorités. Un morceau puissant, qui regorge d’émotions à fleur de peau, et à travers lequel le groupe LGBTQIAAP+ conjugue rock expérimental, féminisme radical et onirisme. A noter, Ellyäh DaWN prépare la sortie imminente de son prochain clip « Transphobie », avant de se donner le temps d’enregistrer l’acte I pour une sortie en format Livre/Album à l’horizon 2022.


On vous laisse le découvrir et on revient ci-dessous avec une interview...

Le Castor : Pourquoi avoir choisi Ellyäh DaWN comme nom de scène ?


Loona (zigouigouiste pédaliste de la guitare et chanteuse) : Le nom du groupe a émergé à partir de la proposition d'Aaron sur la notion d'Aurore, qui est un leitmotiv dans le texte. D'où, dans un premier temps : DaWN.


Aaron (chanteur et guitariste) : Et puis ça nous a semblé totalement contradictoire un nom anglais pour un groupe qui revendique sa dimension littéraire française...


Loona : S'en est suivi la dimension théâtrale et le personnage principal incarné par Norah, dont nous sommes tou·te·s différentes facettes...


Aaron : Cela a donné Ellyäh DaWN, iel est né·e ainsi, sachant qu'on notait sur Facebook « Elle y a DaWN ». C'est le personnage qui traverse l'écriture des trois actes, cette énigme qu'il vous faudra résoudre.


Quand et comment est né le projet ?


ZeKi (claviériste) : Ellyäh DaWN est un projet récent qui repose sur les textes de Loona, qui les écrit depuis quelques décennies. Le groupe a été créé à l'été dernier. À ce moment-là, différents liens nous unissaient, mais pour ne rien cacher, le bar fut l'épicentre de nos rencontres.


Loona : Historiquement cela remonte aux années 90, et donc du côté de la vétérante du groupe Loona, moi en fait... Femme trans lesbienne et neuroatypique, comédienne et autrice compositrice (si je le précise c'est que cela impacte profondément le projet d'écriture). Il y avait cette idée de composer une tragédie musicale axée sur la déconstruction (au sens de Derrida) de la société, du genre, de la question des sexualités, de retourner au cœur de Virginia Woolf, Madeleine Pelletier, toute cette littérature qui m'accompagne, jusqu'à Pauline Harmange, Alice Coffin, Virginie Despentes.
LSD (qui s'est éteint en juin 2020) a été pour moi un projet fort, mais il me manquait cette dimension théâtrale et sûrement la possibilité de sortir des justifications queer. Rencontrer dans Ellyäh DaWN des personnes avec qui le sujet n'avait plus lieu d'être (dans la manière de l'aborder et de le vivre), vu qu'on partage des univers d'appartenances proches et croisés, a facilité la création et me libère considérablement.

 

L’esthétique rock radical et expérimental que vous développez s’est-elle imposée comme une évidence à la création du groupe ?

 

Loona : Il me semble que c'est l'adéquation de nos différents parcours et orientations musicales qui laisse émerger cette typologie musicale. Mais il reste des scènes qui flirtent avec le jazz, la valse, la pop. Le fil rouge c'est le texte, le sens, la mise à mort du patriarcat, du libéralisme, et la fragilité, la fracture de ma gémellité qui percute l'émotion du texte dans le silence, l'absence et l'aphonie de soi face à la perte de l'autre.

Comment travaillez-vous ? Les rôles sont-ils définis pour les compositions ? L’écriture ?


Loona : Je m'impose en tant que dictatrice libertaire et ouverte sur les arrangements. L'Acte I diffère de la suite, en ce sens que les morceaux étaient déjà composés et écrits. Pour autant, il y a certains morceaux qui relèvent de la composition de ZeKi et Aaron, et le titre Céleste est une composition de Hank (Not Allowed To Land) mon binôme musical de LSD. La suite se conçoit différemment, et il y a pour ma part la volonté de déconstruire mon approche musicale et textuelle en faisant le pari de recomposer les amorces de l'Acte II et III en groupe, de requestionner la dimension littéraire en binôme avec Aaron, de permettre une large expression musicale et théâtrale des différent·e·s membres du groupe.


Pourquoi chanter en français ?


Loona : Mon ancienne vie était inscrite dans les domaines de la philosophie et de l'ethnopsychiatrie. Le français s'impose comme une évidence dans mon écriture, entre nécessité onirique, mythologique et la volonté d'être comprise dans le texte. Le français m'offrant plus de subtilités.

Photo Yonah Deplagne, résidence de mars 2021 du groupe

Comment s’est passé l’enregistrement du clip ?


ZeKi : Pour recontextualiser, nous avons fait une grosse résidence de 10 jours et nous voulions garder une trace en image de cette session. Pour info, sur l'enregistrement, nous sommes très concentré·e·s, mais en vrai, nous sommes beaucoup moins tendu·e·s.


Loona : Et il est important de commencer à se confronter au public, au regard des reports de concerts. Ainsi "AMMEMMA" suivi de "Transphobie" seront les deux premiers titres que nous proposerons. Deux univers très différents, mais complémentaires. L'Acte I est composé de 18 scènes sur une durée de 1h45. Egalement adaptable en concert plus court et direct.


Pourquoi des sujets tels les neuroatypies, les identités LGBTQIAAP+, se trouvent-ils au centre de votre premier clip ?


Loona : Parce qu'il s'agit pour la majorité de nous six d'une réalité... De nos vies. Certes nous avons accueilli deux personnes CisHet qui sont pour moi totalement queer de par leur manière de penser, d'être, elles ont réalisé une belle déconstruction et interrogation de leur personne. Sinon, nous sommes transgenres, homme trans, femme trans, non binaire, genderfluid, lesbienne, pansexuels, etc. Le groupe est  représentatif du large spectre LGBTQIAAP+. Et puis les neuroatypies, parce qu'elles me concernent et se répercutent sur ma manière d'envisager le monde, l'autre, l'écriture. Etant une femme transgenre lesbienne et neuroatypique, ma vie est devenue un support à l'écriture du projet Ellyäh DaWN. Je puise dans mon histoire le réel émotionnel de ma vie, en essayant de le transposer de manière plus universelle pour que chacun·e puisse se réapproprier les questionnements qui jalonnent la recherche de sa propre identité.

Comment vous est venue cette idée de créer une tragédie musicale ? Pourquoi ce format ?


ZeKi : Il aurait été dommage d'encarter les textes de Loona dans la musique. Tout appelle à un univers beaucoup plus grand, presque trop dur à limiter dans nos envies. La tragédie nous permet la possibilité d'aller au-delà de la musique en y incarnant du théâtre, de la danse, de la littérature...


Loona : Le format tragédie musicale me hante depuis les années 90 (j'ai débuté par le théâtre), mais il manquait le désir de musicien·ne·s qui souhaitaient mettre en péril quelque part leurs ancrages musicaux. Je n'envisage pas la musique sous un format traditionnel, j'ai besoin de la littérature, de la théâtralité du vivant, de l’enjeu cinématographique pour venir nourrir un onirisme qui m'envahit quand je crée. Ce format me semble le plus apte à proposer une réflexion et temporiser la prise en compte des idées.

On parle souvent de la misogynie et de LGBTphobies à l'égard des artistes queer, qu'en pensez-vous ? Vous sentez-vous investi·e·s d’un rôle par rapport à ça ?


Aaron : Ben moi j'en pense que c'est de la merde de faire ça. La musique est avant tout un lieu de partage et de mixité, et j'espère que les choses vont évoluer dans le bon sens. Je ne me prétends pas être investi d'un rôle, mais de l'importance de faire passer des messages, de m'impliquer dans cette construction collective qu'est l'édifice de la tolérance. Et aussi en tant que mec trans, j'ai vécu et subi ces formes de violence, le patriarcat, et le fait d'être un homme ne facilite pas pour autant la tâche. Je tiens à montrer tout mon soutien à toutes personnes qui subissent les discriminations.


Loona : Déjà en tant que femme trans, et mère trans, je subis bien évidemment de plein fouet le patriarcat et son armée de haine. Là où je me sens investie d'un rôle, c'est en premier lieu depuis mon rôle de mère auprès de mes deux enfants que j'ai tentés d'accompagner dans une approche non genrée et libérée du patriarcat, dans la difficulté d'un monde qui n'accepte pas forcément la différence. Rôle de mère aussi au sein d'Ellyäh DaWN où ma fille Norah intervient en tant que comédienne (absente pour la dernière résidence puisque confinée pour Covid). Et pour lui laisser la liberté la plus grande, il me faut d'ailleurs me détacher de ce rôle maternant dans le cadre du projet. D'évidence j'inscris l'écriture d'Ellyäh DaWN dans une lutte pour nos droits à exister, pour tenter d'observer les normalités de nos vies, pour sortir de l'hypocrisie régnante d'un patriarcat qui écrase, insulte, nie, viole, meurtri, assassine jour après jour dans un silence hurlant l'urgence de réagir. Parfois j'aime à penser que ce cis-tème est juste dans la crainte de s'accepter au-delà de ses carcans, cette pensée me permet temporairement d'affronter mon angoisse de l'homme, et de réussir à sortir seule dans la rue. Maintenant, oui, c'est présent, et c'est une lutte quotidienne, une violence banalisée et tragique, d'où la nécessité permanente des luttes.


Aaron : Et je voudrais ajouter la criante vérité indécente, qu'il y a encore trop d'artistes queer et féminines qui subissent la violence du patriarcat et sans doute plus que les autres, et là s'inscrivent nos luttes. ACAB !

Avez-vous des groupes queer préférés sur la scène française en ce moment ?


Aaron : En ce moment j’écoute beaucoup Pomme comme quasiment tout le groupe, sinon j’écoute énormément Eddy de Pretto. Ce ne sont pas des groupes mais ce sont des artistes qui pour moi font partie des représentant·e·s de la communauté queer en France actuellement. Et au-delà de la sphère française, BTS et Yungblud qui favorisent l'expression des messages de tolérance et déconstruisent les notions de genres.


Loona : Sans faire d'encyclopédie, prioritairement Ellah a Thaun, la révélation musicale de mon existence, que je suis depuis de nombreuses années et qui nourrit mes nuits d'insomnies, la découverte de Claus Tinto (je le redécouvre à chacun de ses projets comme une multi-facette excitante et infinie, que j'avais déjà appréhendé dans les projets Lady Fitness / Ça / Çub, avec Cyril Meysson. Je ne me remettrais jamais du moment où je l'ai vu totalement envoûté et envoûtant sur scène, terminant le concert dans le creux des reins des fûts de batterie... et puis Submarine FM. Voilà celleux qui me font vibrer profondément, Vėrsinthë99 pour ce punk girl qui nourrit mes envies, Pomme, Héro Écho, Aloïse Sauvage, Jardin, Mansfield Tya et tous les projets de Julia Lanoé, Louisa Donna, Black lilith records à Rennes, etc. J'ai besoin d'écouter et de percevoir un monde où je ne me sens pas une intruse, un monde décomplexé et libéré des carcans du patriarcat, d'où mon écoute d'une musique queer, d'une littérature féminine et féministe, d'un cinéma composé de la féminité, de la douceur de nos réalités...

Quoi de prévu pour la suite ?


ZeKi : La partie musicale de l'Acte I étant presque achevée, nous allons nous pencher sur l'aspect scénique du projet. En attendant le Livre/Album !

Photos Yonah Deplagne, résidence de mars 2021 du groupe

Aaron : Enregistrer et sortir l’album, faire des concerts (on croise les doigts), faire un feat avec Pomme, et commencer à travailler sur l’Acte II !

 

Loona : Finir de travailler la mise en page du Livre/Album de l'Acte I, et construire les éléments visuels qui accompagnent le texte, mais là c'est la dimension artistique de la plasticienne Elly Oldman (Le dessin sans fin). Son approche du dessin, de la création et de la vie, notre amitié ancrée, me donnent toutes les raisons du monde de la voir inscrire de son pas de velours son empreinte dans Ellyäh DaWN. Puis perdurer dans les luttes pour nos droits, bosser sur l'Acte II, s'unir autour de scènes alternatives plus larges. Ellyäh DaWN est un projet multiforme, une volonté de faire sens, et l'on s'est retrouvé uni·e·s dans une profonde amitié, sensibilité et connivence. Repenser parfois notre manière de travailler aussi, dans l'équipe élargie qui implique beaucoup de nos ami·e·s, et cela ne facilite pas toujours la fluidité du projet. C'est de la différence que naît la vie.

Propos recueillis par Pam Méliee Sioux

Mars 2021

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