Interview "Osez le féminisme!"

« Parce que nous considérons que l’émancipation de toutes et tous passe par l’égalité, nous nous rassemblons, femmes et hommes, militantes et militants aux expériences diverses, pour prendre part au combat féministe. Violences, discriminations, dominations, oppressions, nous en avons assez. Nous affirmons les valeurs universelles portées par le féminisme, combat progressiste pour l’égalité et la laïcité » (Qui sommes-nous ? Extrait du journal d'« Osez le féminisme! »)

 

17 octobre 2009, lors de la manifestation nationale pour le droit des femmes, un cortège porte une banderole avec inscrit « Osez le féminisme! ». L'association en est alors à ses débuts. Les revendications sont l'« autonomie financière » des femmes, leur « liberté de disposer de leur corps », la préservation de leur « dignité », l'« égalité dans la vie politique, économique et sociale », la « laïcité » et la « solidarité dans la lutte des droits des femmes du monde entier ».

 

L'association « Osez le féminisme! » publie un journal militant depuis juin 2009 dont l'objectif est de « faire augmenter le niveau de féminisme dans la société », et mène des campagnes pour l'égalité des sexes.

Le Castor s'est entretenu avec Agnès Setton, militante parisienne de longue date, ainsi qu'avec Suzanne Ohier, à l'origine de l'antenne lilloise « Osez le féminisme! 59 ».

Une partie de l'équipe d'Osez le féminisme! 59 lors de la fête de la soupe à Lille

Le Castor Magazine : Comment définiriez-vous le féminisme ?

 

Agnès Setton, militante à « Osez le fémninisme! » : C'est un humanisme. Une autre vision de la société fondée sur l'égalité entre les femmes et les hommes.

Suzanne Ohier, fondatrice d'« Osez le féminisme! 59 » : Le féminisme c'est la lutte contre le système d'oppression envers les femmes, le système patriarcal, qui imprègne notre société et le monde entier. Être féministe c'est penser que les femmes et les hommes sont égaux et que cela doit se traduire dans le droit et dans les faits.
 


Le Castor Magazine : En quoi consiste votre organisation et quel est son fonctionnement ?
L’association « Osez le féminisme! » est présente dans de nombreux départements, comment est-elle financée pour faire vivre son mouvement ?

 

Agnès Setton : Osez le féminisme! (OLF) est une association créée en 2009 par un petit groupe de femmes de vingt-cinq à trente ans. Elles réagissent à la suppression des subventions accordées au planning familial sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Osez le féminisme! obtient le rétablissement de ces subventions puis s'élargit à d'autres combats. Au départ nous étions essentiellement sur Paris mais au fur et à mesure des antennes se sont créées en province.

Il s'agit d'une association féministe, universaliste, mixte et indépendante politiquement. Elle est financée presque exclusivement par les adhésions des militant-e-s, des dons et une subvention d’état.

Suzanne Ohier : L'antenne Osez le féminisme! 59 est créée en 2011 suite à la campagne contre le viol à laquelle quelques militantes lilloises ont participé. Depuis, nous animons une réunion par mois, ouverte à toutes et tous. Nous y abordons l'actualité féministe et approfondissons chaque fois un thème particulier en rapport avec l'égalité femmes-hommes. Nous organisons aussi des actions ou participons à des manifestations organisées par d'autres associations féministes du Nord. Cette année, nous nous sommes particulièrement mobilisées sur la défense du droit à l'IVG en Espagne et en Europe. Nous mettons aussi en place des formations pour nos militantes. Nous avons commencé en 2014 avec une journée sur l'histoire du féminisme.


 

Le Castor : Quel est votre rôle au sein de cette organisation ?


Agnès Setton : Au début j'étais simple militante, cela fait maintenant plus d'un an que je suis au conseil d'administration. Je me suis concentrée principalement sur l’égalité professionnelle,  l'abolition de la civilité « Mademoiselle » et l'abolition de la prostitution. Sur ce dernier sujet j'ai coécrit une tribune dans le Monde et un chapitre d’un livre, Prostitution, 10 bonnes raisons d’être abolitionniste, co-écrit par des militant-e-s d’OLF. 

Suzanne Ohier : J'ai été l'une des fondatrices d'Osez le féminisme! 59, l'association basée à Lille. J'ai été élue présidente de l'association du Nord pendant 3 ans environ et à ce titre, je faisais partie du conseil d'administration national également. Aujourd'hui, je fais toujours partie du conseil d'administration d'Osez le féminisme! 59.

 

 

Le Castor : Agnès, vous êtes médecin du travail, pouvez-vous nous expliquer en quoi cela consiste et si l'exercice de ce métier a un lien avec votre engagement ?

 

Agnès Setton : La médecine du travail est un acquis social d'après-guerre, elle veille à ce que le travail n'altère pas la santé des personnes et aide les salariés malades à se maintenir dans l’emploi. Les femmes sont plus souvent victimes de harcèlement moral et sexuel de la part de leurs collègues ou supérieurs et ont besoin de l’écoute, du soutien de leur médecin du travail.

 


Le Castor : Pouvez-vous citer quelques initiatives et campagnes menées par « Osez le féminisme! » qui sont emblématiques de l’association ?


Agnès Setton : Nous avons, par exemple, mené une campagne pour les retraites, pour l'égalité professionnelle, pour l'entrée de femmes au Panthéon. « Osez le clito » ou « Take Back The Métro » sont également des campagnes emblématiques. Actuellement nous luttons pour la reconnaissance du féminicide ou meurtre d'une femme en raison de son sexe.

Suzanne Ohier : Les militantes d'Osez le féminisme! 59 ont participé aux campagnes nationales de l'association. Osez le féminisme! fait des campagnes de sensibilisation sur différents sujets pour parler des inégalités entre les femmes et les hommes : les violences avec notamment l'action « viol : la honte doit changer de camp », ou encore les retraites, l'avortement, l'abolition de la prostitution, etc.

 


Le Castor : L’association « Osez le féminisme! » publie un journal disponible sur Internet, comportant des brèves, un dossier, une chronique, une interview… Les sujets traités sont-ils choisis et les articles écrits par les militantes ? Chaque adhérente peut-elle s’engager et s’exprimer dans le journal pour diffuser ses idées ?

 

Agnès Setton : Le journal existe aussi sous forme papier, toute personne qui adhère le reçoit. Chaque adhérent-e est la/le bienvenu-e, nous avons besoin d'aide car c'est beaucoup de travail. Le journal est d'ailleurs en train d'être restructuré.

Suzanne Ohier : Le journal est devenu bimensuel. Les sujets sont choisis par les militantes dans une commission qui se charge de l'écriture du journal. Chaque adhérent-e-s peut en effet participer à la rédaction du journal en se joignant à cette commission.
 


Le Castor : L’un des premiers sens du mot féminisme est « la voix des femmes », « l’expression des femmes ». Pensez-vous que l’intermédiaire du journal soit nécessaire à l’émancipation des femmes ?

 

Agnès Setton : Je suis exaspérée de voir que presque toute jeune femme tombe dans la presse féminine pourtant vide de contenu. L'idéal serait qu'il n'y ait plus de presse féministe ou masculine. Nous avons besoin de « féminister » la société, de la sensibiliser à ces problématiques.

Suzanne Ohier : Pour une association militante, le journal est un moyen de partager nos idées avec nos adhérent-e-s et au-delà. Il est aussi l'occasion pour les femmes de s'exprimer et d'exercer leur sens critique. Osez le féminisme! est une association qui encourage ses adhérent-e-s à prendre des responsabilités, à s'exprimer en public, à partager ses connaissances, à se former, etc., ceci pour l'organisation des réunions mensuelles et par l'organisation de temps de formation. C'est donc un lieu de mise en confiance et d'émancipation des femmes.
 


Le Castor : Les « Femen » peignent des slogans sur leurs corps, « La Barbe » fait irruption dans des lieux de pouvoir en arborant des barbes postiches et en jouant sur la dérision, sur les visuels vieillis… Quel est le mode d’action d’« Osez le féminisme! » ?


Agnès Setton : Il est pluriel. A la fois axé sur les campagnes médiatiques, sur les happenings, sur les affiches et sur les slogans que nous souhaitons humoristiques quand les thématiques le permettent. Nous sommes également toujours présentes sur les manifestations et actives sur les réseaux sociaux. Nous élaborons des vidéos telles que les clips « Vie de meufs » qui dénoncent les déboires par des récits de sexisme ordinaire. Enfin, nos portes paroles sont contactées par les médias et nous donnent une visibilité.

Suzanne Ohier : Nous organisons des campagnes de sensibilisation pour un large public afin de mettre en lumière des points d'inégalités entre les femmes et les hommes. Grâce à la mobilisation des militantes, des adhérent-e-s et d'autres personnes, nous faisons pression sur les politiques pour faire avancer l'égalité. Par exemple, nous avons réclamé avec Les Chiennes de garde la suppression du « mademoiselle » dans les formulaires administratifs, nous avons été suivies dans cette revendication par un grand nombre de personnes et nous l'avons obtenu. Cela peut sembler être insignifiant mais en fait, le langage agissant sur notre manière de voir le monde, il participe aussi au système de domination.

 


Le Castor : A la rédaction du Web Magazine Le Castor, nous tentons d’allier des questions journalistiques et sociologiques à des modes de création tels que la peinture, les collages. La place de la culture et des arts dans les courants féministes nous est précieuse. L’organisation « Osez le féminisme! » et son journal accordent-ils une visibilité à ces domaines ? Pourquoi ?

 

Agnès Setton : Oui, c’est important. Par exemple, si un film avec un personnage féminin important paraît ou si une exposition comme celle de Niki de Saint Phalle au Grand Palais a lieu, nous les promouvons dans le journal.

Suzanne Ohier : Osez le féminisme! s'empare des arts et de la culture en organisant des ciné-débats, en écrivant parfois des critiques de film comme récemment sur Gone girl, et des critiques de livres...

 

 

 

Nos remerciements à Agnès Setton et Suzanne Ohier

 

Propos recueillis par - Béa

Questions par - Pam Méliee Sioux

 

 

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