Radical Kitten : non, les chatons ne sont pas mignons

Les toulousain.e.s de Radical Kitten sont de passage dans Le Castor pour parler de leur premier album « Silence is Violence », qui sort le 16 octobre. Une basse martelée comme au temps de la No Wave, une batterie nerveuse, des riffs acérés et énergiques, des voix abrasives… L'ensemble envoie du lourd.

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Iso, Marion et Marin, avril 2019, à L'Antidote (Bordeaux)

Radical Kitten est un jeune groupe toulousain, féministe et queer. Depuis 2018, Marion (batterie), Iso (guitare) et Marin (basse, chant) composent une musique nerveuse et ultra-tendue aux influences post-punk, noise et No Wave. Soutenu par des riffs incisifs et entêtants, le chant scandé façon Rrriot assène coup sur coup une colère explosive à la gueule du sexisme, des LGBTphobies et des violences sociales en général. Après quelques égratignures et une démo trois titres baptisée « Contre-Nature Han » en 2019, le groupe sort son premier album « Silence is Violence » en octobre 2020, et entend bien prouver que non, les chatons ne sont pas mignons !

 

Le Castor : Depuis combien de temps jouez-vous tou.te.s les trois ensemble ? Comment le groupe s’est-il formé ?

 

Marin (elle / basse, chant principal) : Nous jouons tou.te.s ensemble depuis deux ans et demi. Iso et moi avions déjà joué dans un autre projet musical qui a splitté. Nous avons décidé de monter celui-ci ensemble, puis Marion nous a rejoint via une annonce sur une mailing list féministe. Elle commençait tout juste la batterie et ça a été le crush !

 

Comment définiriez-vous votre musique ?

 

Marin : C'est un mélange de post-punk, noise et No Wave avec un esprit Riot Grrrl au niveau du chant qui est scandé.

Iso (il / guitare, chant) : On vient tou.te.s d’univers musicaux très différents (Marin écoute plutôt du hip-hop, rap, Grind, Iso du post-punk, No Wave, expé, Marion du rock, de la folk, pop, chanson... ), ce qui donne un mélange intéressant. Je pense que si on écoutait tou.te.s la même chose, notre musique serait bien plus chiante et conventionnelle… !

Comment le groupe a-t-il évolué musicalement entre votre démo trois titres « Contre-Nature Han » (2019) et cet album ?

 

Marin : Les compositions sont devenues plus déstructurées et incisives. Techniquement, on a pu se permettre plus de choses et s'éloigner des sonorités post-rock qui caractérisent plusieurs de nos premiers morceaux.

Iso : Ah non, pour moi le post rock c'est pas ça (rires) ! Les étiquettes, hein ! Je trouve que l'évolution marquante c'est qu'on joue mieux ensemble, et plus vite ! On a continué à expérimenter, à affiner certains trucs, à en défricher d'autres, mais cela s’inscrit dans une continuité. D’ailleurs, les trois titres de la démo sont aussi dans l’album.

Marion (elle / batterie) : On a augmenté de 40 bpm le tempo de toutes les chansons (rires) !

Vous vous définissez comme queer, pouvez-vous expliquer en quoi vous l’êtes ?

 

Marin : Alors, on se définit comme queer ET féministes !

Iso : De par nos identités d’abord : je suis un mec trans, Marin est cis-gouine, Marion est une meuf cis, on est tou.te.s les trois féministes. Et de par nos convictions, bien sûr. C'est important pour nous de les visibiliser car cela nous a manqué, plus jeunes, d'avoir ce genre de représentations. Et puis, on a tou.te.s été confronté.e.s (au choix) au sexisme, à l’homophobie, à la transphobie, voire la totale pour moi !

Qui compose dans le groupe ? Textes et musiques.

 

Marion : Les textes sont principalement écrits par Marin. Musicalement, tout le groupe compose. On part souvent de sessions d’impros pour extraire les parties qui nous intéressent, et on fait évoluer ça ensemble. Les textes se posent ensuite dessus.

Quelles sont vos sources d’inspiration pour les textes ? Et pourquoi sont-ils écrits en anglais ?

 

Marin : Les dramas, sans quoi il n'y aurait aucun texte ! Plus sérieusement, beaucoup d'histoires personnelles, des discussions au sein du groupe, des sujets liés au sexisme, aux LGBTphobies, tous les sujets frustrants sur lesquels on peut finalement se défouler. Les textes sont en anglais parce que cela facilite une forme d’écriture plus libre, plus imagée, que je n’arriverais pas forcément à poser avec le français. 

Quel(s) messages voulez-vous faire passer ?

 

Marin : Vaste sujet ! Chaque chanson raconte quelque chose. Blind parle de sortir du placard, Wrong du patriarcat, Sorry de déception sentimentale (les classiques, quand même)… Si certaines peuvent toucher des personnes, c’est déjà énorme ! Je ne sais pas si on peut dire qu'on a un message en particulier à faire passer si ce n’est un “HEY ! T’es pas tout.e seul.e à penser ça et à trouver que le monde est complètement FUCKED UP !

Iso : Le message c’est aussi, au-delà des paroles, que tout le monde a le droit de monter sur scène pour s’exprimer, que tu sois une meuf, une personne trans, etc. Car il y a une très grande majorité de groupes composés exclusivement de mecs cis, qu’on voit sur la plupart des scènes, qu’elle soient alternatives ou pas… Ce constat est d’ailleurs le même du classique au punk hardcore, qu'importe le style de musique. Il y a du boulot. Il faut que les programmateurices en prenne conscience et se bougent. Evidemment, on ne va pas les attendre, et il se passe plein de trucs depuis quelques temps ! La scène queer et féministe bouge grave : création de labels, assos et orgas, soirées, projets de festivals… C’est bien excitant !

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Pochette de l'album « Silence is Violence », réalisée par Anne Careil

Où et comment l’album a-t-il été enregistré ?

 

Marion : L'album a été enregistré au studio La grange Cavale, en Dordogne. Il se trouve dans la maison de Manuel Duval (qui nous a enregistré et mixé) et de Anne Careil, qui nous a fait l’artwork. Nous les avons rencontré là-bas. Iso connaissait un tout petit peu Manuel, il l'avait vu sur scène avec plusieurs de ses projets, notamment Rien virgule, où Anne joue aussi.  On savait que c'était un super musicien, mais pas qu'il avait un studio et qu'il enregistrait des groupes ! On avait envie de partir de Toulouse pour faire l'album. On a demandé autour de nous, et c'est Pablo, un copain qu'on ne remerciera jamais assez, qui nous a parlé de Manuel et filé son contact. On a enregistré dans de supers conditions, quatre jours immergé.e.s à la campagne. Le studio était chaleureux et on dormait même dedans, une vraie immersion ! On a enregistré les chansons en prise live en un jour et demi, on a pris encore un jour et demi pour faire tous les chants, et une après-midi pour commencer le mixage avec Manuel et parler des orientations musicales du mix... Mais il est trop fort et pigeait ce qu'on voulait avant même d’arriver à le formuler, c'était super confort ! On a aussi eu beaucoup de chance avec le mastering car notre copain Miquel (également musicien, guitariste qui jouait dans les groupes Ultrademon et Futur.s mort.s) nous a fait un super taf dans un temps très limité (deux semaines) !

Un mot sur l’artwork ?

 

Marin : Anne Careil possède un univers très onirique qui sort aussi des “codes” que l’on pourrait attendre d’un artwork de musique post-punk. Le visuel s'est construit autour de plusieurs thématiques et peut se prêter à de nombreuses interprétations selon l'observateurice.

Iso : On avait vraiment envie que ce soit Anne qui le fasse car on a passé ce chouette moment de l’enregistrement ensemble et ça faisait sens pour nous. Et puis on aime beaucoup son travail, on est plus que content.e.s du résultat ! La pochette de l'album format vinyle est sérigraphiée. Nous avons été faire ça à Villefranche-de-Rouergue, à l'atelier Hors cadre, un lieu associatif super cool. Judith et Igor, qui travaillent à l'atelier, ont assuré côté technique. Le dessin d'Anne étant super fin, c'était un bon challenge de le faire sortir aussi bien ! Encore un grand merci à elleux pour leur super boulot !

Comment votre album va-t-il être distribué ?

 

Marion : Il y a plein de labels qui nous soutiennent pour le format vinyle et cassette, nous sommes super chanceux.ses. Donc on va les citer tous et les remercier encore une fois ! Pour le vinyle, il y a Attila tralala en Belgique, Araki Records à Reims, Domination Queer Records, un jeune label queer de Marseille, La loutre par les cornes dans la Creuse, Gurdulu à Paris, Mon cul c'est du tofu en Bretagne, Stonehenge Records à Toulouse, Retratando Voces à Barcelone, Uppercat Records, qui est un label en devenir qu'on a créé pour l'occasion mais dont on aimerait bien s'occuper quand on aura un peu de temps ! Pour la cassette, il y a Hidden Bay de Toulouse et Paris, qui nous ont énormément aidé et conseillé (merci Manon !), AB Records à Saint-Etienne, Tomaturj à Villefranche-de-Rouergue et Seitan's Hell Bike Punks, qui sont aussi une chouette orga de concerts à Toulouse avec une des meilleures cantine vegan du coin ! On peut également trouver la version numérique sur la plateforme Bandcamp, à prix libre.

 

Avez-vous des projets de concerts ?

 

Iso : Non, c’est trop 2019 les concerts, on ne veut plus en faire... (rires) ! En fait, notre tournée de neuf dates prévue pour la sortie de l'album vient de tomber à l’eau à cause du Covid et de raisons de santé perso, donc là c’est un peu la déprime niveau concerts... Mais bon, on va en profiter pour écrire plein de nouvelles chansons encore plus vénères !

 

Le mot de la fin ?

 

Marin : Miaou !

Iso : Grrr (et aussi, allez écouter Special Interest, un groupe punk de La Nouvelle-Orléans qui déchire) !

Marion : Ronron

Propos recueillis par Pam Méliee Sioux

Octobre 2020

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