Spectacle jeune public à Paris :

la douce poésie engagée de La Compagnie des Chauves-Souris

Auteur, compositeur et interprète, Eli Marsceau a créé La Compagnie des Chauves-Souris en 2019 pour produire des spectacles originaux à destination du jeune public. Il nous parle de son concert acoustique L’Arbre de Loulou, de ses chansons et de ses ateliers de musique, qui s’axent autour du féminisme et de la lutte contre les discriminations. Une démarche poétique et engagée qui a toutes les chances d’apporter autant aux enfants qu’aux parents !

Eli Marsceau

Tous les enfants ont une chanson dans la tête… Depuis quelques jours au Castor, on chante à tue-tête Camille, Myrtille et Talula : « Bonjour, bonjour, c’est Camille. La licorne, c’est Myrtille. Et l’oiseau, c’est Talula. Comment tu t’appelles, toi ? On est une petite famille, on n’est ni garçon ni fille. Ni d’ailleurs et ni de là, comment ça se passe chez toi ? Nous à l’école, dès fois qu’est-ce qu’on rigole, quand on apprend très très sérieusement que le masculin l’emporte. D’où que ça vienne et d’où que ça sorte ? Ahahah. Pince-moi, j’peux pas croire c’que j’entends là. Ahahah. Pince-moi, j’peux pas croire c’que j’entends là. Alors avec les copain.e.s, on réfléchit on s’démène, on invente plein de mots qui sont très très très très beaux. Il et elle, ça fait ielle. Beau et belle, ça fait beauelle. On peut dire aussi belleau. Toustes dans le même bateau ! […] »

 

La musique et les intonations d’Eli nous ont fait entrer dans un univers magique et fait plonger dans un état de plénitude sensorielle. D’emblée, nous avons adoré cette chanson car elle nous éloigne des carcans d’une langue genrée, nous incite à nous réapproprier le langage, et transmet avec simplicité, bonne humeur et humour ces valeurs que sont le partage et l’acceptation des différences. Alors, nous avons eu envie d’en savoir plus sur La Compagnie des Chauves-Souris, et nous avons posé quelques questions à Eli.

 

Le Castor Magazine : Comment est-née La Compagnie des Chauves-Souris ?

Eli Marsceau : La Compagnie des Chauves-Souris a été créée à l’origine pour produire le spectacle L’Arbre de Loulou que j’ai écrit et composé. J’ai créé cette compagnie car je voulais garder la main mise sur ma création du début à la fin. Par le passé, j’ai travaillé avec des producteurs et des tourneurs et j’avais du mal à accepter les compromis et les concessions qu’on est toujours obligé.e.s de faire dans ces situations quand on est artistes. J’ai voulu endosser le rôle de producteur à mon tour afin de faire les choses à ma façon.

 

Pourquoi avoir donné ce nom à votre compagnie ?

Les chauves-souris sont présentes dans l’histoire de L’Arbre de Loulou, c’est pour ça que j’ai donné ce nom à la compagnie. Je trouve qu’elles représentent bien les valeurs qu’on essaie de porter, d’acceptation des différences et de ce qui n’est pas valorisé comme étant beau au départ. Les chauves-souris sont souvent associées à des choses effrayantes : une grotte lugubre ou encore des vampires. Et puis elles ont cette drôle d’habitude de dormir la tête en bas. Et en fait, ce sont d’adorables petits animaux nocturnes. Donc prendre les chauves-souris comme emblème, c’était une façon de dire : on peut être à la fois différent.e.s et adorables. La différence ne doit pas faire de nous des exclu.e.s, et nous n’avons pas à avoir honte de qui nous sommes.

Comment définirais-tu votre activité, qui mêle à la fois le théâtre, la musique et le chant ?

Nous proposons des contenus musicaux qui peuvent être des supports éducatifs. Par exemple, le spectacle L’Arbre de Loulou propose une réflexion sur l’acceptation des différences et sur la gestion de la colère et de la tristesse. Les chansons sur les oiseaux sont des supports pour apprendre à reconnaître certains oiseaux et apprendre des choses sur eux. Et puis, la chanson Camille, Myrtille et Talula aborde les questions de genre et le langage inclusif.

 

A qui s’adressent vos spectacles, vos ateliers de musique et chansons ? Quelles sont leurs spécificités ?

Nous nous adressons aux enfants qui se sentent différent.e.s, qui ne trouvent pas leur place, qui font face à des tempêtes émotionnelles dévastatrices. Nous nous adressons à elleux parce que je crois que c’est à elleux que je m’identifie, et que j’ai envie de leur transmettre des clés et des outils pour grandir le plus sereinement possible dans un monde étriqué. Nous avons toustes été confronté.e.s un jour à ce choix : correspondre à ce qu’on attend de nous ou être exclu.e.s. C’est très violent quand on est enfant et qu’on croit vraiment qu’on n’est pas comme il faut.

Les chansons sur les oiseaux sont aussi des ressources sur la diversité des êtres vivants, leurs différences, leurs beautés cachées. Je m’identifie aux oiseaux parce que je les trouve magnifiques et parce que bien sûr, voler représente un esprit de liberté que je recherche. J’essaie de montrer, à travers les oiseaux, qu’on peut toujours s’en sortir en étant soi-même et en assumant.

Les ateliers, enfin, sont des espaces de partage pendant lesquels la musique est un prétexte pour discuter et expérimenter des choses.

 

 

Quelles sont vos influences ? Vos envies ?

J’ai baigné toute mon enfance dans les chansons d’Henri Dès et j’ai une grande admiration pour Anne Sylvestre, qui écrit et compose des chansons comme personne. Elle a un parcours admirable, indépendant et engagé, tout en gardant une posture d’artiste et une qualité musicale irréprochable. C’est très important pour moi de soigner l’écriture.

Et mes envies, eh bien ce serait de pouvoir jouer, donner des ateliers et enregistrer, faire vivre les créations. Malheureusement depuis la pandémie de coronavirus la compagnie a le bec dans l’eau et je ne sais pas quand nous allons pouvoir continuer à développer nos projets.

Quels sont les thèmes abordés dans le spectacle L'Arbre de Loulou ?

L’Arbre de Loulou aborde les thèmes de la différence, des émotions et des ressources. Loulou a un grand arbre imaginaire qui est plein de ressources, et elle va devoir affronter un grand monstre de tristesse, de peur et de colère, qu’elle avait abandonné dans un coin et qui décide un beau jour de lui rappeler son existence...

 

Quelles réactions souhaitez-vous déclencher, quels messages souhaitez-vous délivrer au travers de cette histoire ?

Je souhaite tout d’abord que les enfants (et toutes les personnes qui voient le spectacle !) puissent s’identifier à Loulou et sentir sa force, mais aussi sa vulnérabilité. Loulou a beaucoup de souvenirs de moments difficiles dont elle ne sait pas quoi faire. Elle n’arrive pas à accepter cette part d’elle-même qui est différente, elle en a honte, elle voudrait la faire disparaître... Mais c’est impossible, le Monstre est là, il est gigantesque, il est sorti de sa grotte et il ne veut plus se cacher... Ça parle d’assumer, finalement, ses différences.

 

 

Quelle est votre actualité ?

Nous vous invitons à vous abonner à notre chaîne Youtube, c’est juste un clic et c’est gratuit ! A cause du confinement, c’est malheureusement tout ce qui nous reste pour diffuser nos créations. Vous y trouverez : la captation du spectacle pour toute la durée du confinement. Nous avons également mis en ligne des petites leçons de musique à regarder en famille. Ce sont des vidéos pédagogiques qui prennent appui sur les chansons du spectacle pour ensuite parler de musique et apprendre plein de choses. Enfin, nos chansons pour découvrir les oiseaux sont elles aussi en ligne sur notre chaîne Youtube.

La chanson Camille, Myrtille et Talula apprend notamment à recréer les mots pour un langage inclusif. Comment est-elle reçue chez les enfants et les parents ?

 

Les enfants l’aiment bien, et certains parents ont apprécié d’avoir ce support pour parler de genre et de langage inclusif. Et même certain.e.s adultes qui avaient besoin d’expliquer à d’autres adultes certains fondamentaux sur le genre, la non-binarité et l’égalité... !

Elle a l’avantage d’avoir un ton léger et marrant. On manque de ressources artistiques sur ce sujet, surtout pour les enfants. Leur apprendre l’égalité, c’est bien, mais concrètement, comment on construit une nouvelle culture là-dessus ?

Propos recueillis par Pam Méliee Sioux

Mai 2020

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