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Femme

 

Femme, féminin sont des termes qui indiquent sémantiquement que la moitié de la population a été exclue de l'humanité. Femme/esclave, femme/créature dominée, femme vouée à la reproduction par obligation (femme/mère), « femme » comme « esclave » est un mot, un concept irrécupérable. La réalité « femme » doit disparaître, de même que la réalité « esclave » après l'abolition de l'esclavage, de même que la réalité « prolétaire » après l'abolition des classes de travail forcé. Dans la mesure où la femme devient réalité pour un individu uniquement en relation avec un individu de la classe opposée – les hommes – et en particulier dans le mariage, les lesbiennes, parce qu'elles n'entrent pas dans cette catégorie, ne sont pas des « femmes ». En outre, ce n'est pas en tant que « femmes » que les lesbiennes sont opprimées mais bien plutôt parce qu'elles ne sont pas des « femmes ». Et ce ne sont pas les « femmes » (victimes de l'hétérosexualité) qu'aiment et désirent les lesbiennes mais des lesbiennes (des individus qui ne sont pas les femelles des hommes). Et c'est un fantastique malentendu (qui relève de la malhonnêteté politique) que de leur reprocher de « refuser leur féminité » – de la même manière que l'on reproche aux féministes de ne penser, comme chacun sait, qu'à une chose : prendre la place des hommes.

La dénomination « femme » disparaîtra sans aucun doute de la même manière que disparaîtra la dénomination « homme » avec la fin de l'oppression/exploitation des femmes en tant que classe par les hommes en tant que classe. L'humanité doit se trouver un autre nom pour elle-même et une autre grammaire qui en finirait avec les genres, l'indice linguistique d'oppositions politiques.

 

La Pensée straight, Paradigmes, 1992

Monique Wittig

 

 

 

Béa