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© 2014

PORTRAIT - Mme Blue, punkette surréaliste

Look bourgeois et guitare basse dans le groupe Mme Ex, Madame Blue allie les mocassins à glands aux sonorités punk, une poétique de l'absurde qu'elle parvient à transformer en prodigieuse force de frappe sous les projecteurs.

Crédit photo : Pam Méliee Sioux

Les doigts repliés sur un cigarillo, l'autre main posée sur son ventre arrondi, la musicienne qui se révèle est celle que le public ne voit jamais. A mille lieues de la bassiste bourgeoise qu'elle incarne sur scène avec Mme Ex. Un nuage évanescent couvre ses cheveux blonds. Deux coups de griffe se creusent au coin de ses yeux. Madame Blue s'amuse de sa taille 36 en exil : « Sous un perfecto cintré, on commence à voir que je suis enceinte ». 5 mois et demi de grossesse après un passage en Belgique dans un centre de procréation médicalement assistée, elle prévoit un mariage en mars avec la guitariste du groupe Marie. Sur le faire-part dessiné, elles annoncent l'union « Chattes'N'Roll ». L'itinéraire sonne féministe et libertaire.

 

Prendre tous les contre-pieds pour démystifier le punk

 

Batteuse puis bassiste dans le groupe Mme Ex, Madame Blue est un caméléon qui prend une allure « Manif pour tous » légèrement émoussée lors de ses concerts. Elle joue ce personnage conditionné par la société, son ennemi qui fait des valeurs traditionnelles de la famille le noyau dur de son idéal politique. Le nom argotique du groupe fondé en mars 2011 a été choisi pour ce côté théâtral, afin de « raconter l'histoire d'un personnage auquel tout le monde peut s'identifier à travers les chansons ». Exit le poncif de la brute punk sanguinaire, Mme Ex a adopté le look bourgeois il y a 9 mois, considérant que les serre-têtes ringards étaient plus subversifs qu'une crête iroquoise. Pour amplifier ce « leitmotiv du décalage », le quatuor imagine des rythmiques, les illustrant ensuite par un texte en français. Selon Madame Blue, cette superposition crée un relief et met « davantage les paroles en valeur ».

Crédit photo : Pam Méliee Sioux

Sur scène, le corps de Madame Blue, qui paraît se solidifier dans sa basse, tranche avec les contorsions de la tempête vocale de Jenny, l'élément perturbateur du groupe. Des orteils aux sourcils, elle s'installe dans son instrument. Souvent associé aux Suprêmes dindes, « le groupe pour faire pogoter ta grand-mère » comme il se fait appeler, a des influences éclectiques : rock indépendant (The Kills, The Rakes, etc.), folk, punk, riot grrrl... Madame Blue aime la voix féérique de la chanteuse des Cocteau Twins, les B-52's, Nina Hagen « parce qu'elle a une capacité vocale de toutes sortes » et « tous les chants féminins ». Cette ouverture musicale complique aussi le positionnement de Mme Ex à ses débuts. « On ne savait pas à qui on appartenait », raconte Madame Blue. « On a fait un premier concert dans le 16e où tous les gens sont partis. Au deuxième, un groupe de mecs, les Holy Holster, nous ont pris sous leur aile et nous ont fait tourner dans différents endroits. On a compris que c'était par l'attitude qu'on s'apparentait au milieu punk. »

 

L'un des piliers du groupe

 

Née à La Rochelle en 1988, Madame Blue est marquée par les déflagrations du groupe de punk français Les Sales Majestés, dont le bassiste est son parrain. Elle commence la batterie à 18 ans, puis la basse 3 ans plus tard. Diplômée d'un master 2 Communication et Ressources humaines à l'Université Paris 13, elle s'installe à Paris. Cette passionnée de Montaigne et Simone de Beauvoir alterne les répétitions de musique et un stage à EDF, avant d'être embauchée dans l'entreprise. Alors que son premier groupe Queef (qui signifie sobrement « pet vaginal ») se sépare, elle décide de partir avec la chanteuse, Jenny, dont elle apprécie la voix. Le deuxième EP de Mme Ex est prévu en septembre 2017 et aborde des « thématiques sociales », « nos histoires de vies poussées à la caricature », résume Madame Blue.

 

La jeune femme, décrite par la batteuse Sophie Noël, qui les a rejoint en octobre 2016, comme « quelqu'un de solide, stable et l'un des piliers du groupe », gère toute la partie administrative dans Mme Ex. « Son attitude sur scène correspond parfaitement à son caractère : stable, elle assure. Elle est posée mais énergique », poursuit-elle. Elle est aussi souvent caractérisée par son humour. A propos d'une séance photo où une septuagénaire pose en faisant un doigt d'honneur pour un visuel, Madame Blue raconte : « Cela a duré une éternité car elle avait de l'arthrose. Pas mal de gens ont acheté ce badge, je me suis toujours demandée comment cette vieille réagirait en se voyant sur le sac d'un-e punk ». En mêlant subtilement sérieux et humour, look bourgeois à des sons d'émeute, Madame Blue a de quoi faire pogoter toutes les grands-mères.

Madame Blue en 5 dates :

 

1998 : Son premier vinyle de Nina Hagen. Elle a 10 ans.

2009 : Rencontre avec Jenny (chanteuse) puis Marie (guitariste et conjointe).

Mars 2011 : Création du groupe punk féministe Mme Ex, dont le premier EP éponyme sortira deux ans plus tard.

Avril 2014 : Concert au Printemps de Bourges.

Septembre 2017 : Deuxième EP à venir.

Pam Méliee Sioux, mars 2017