Nous sommes non-binaires, pas imaginaires

Afin de mieux comprendre ce qu’est la non-binarité pour les personnes qui la vivent et ses enjeux, Le Castor a collecté les témoignages de dix personnes non-binaires qui ne s’identifient ni strictement au genre masculin ni au genre féminin. DOSSIER.

Colloc’ par Peter

Iels ont de 20 à 37 ans, refusent de s’inscrire dans la dichotomie de genre homme / femme au sein de la société, avec tous les rôles inhérents à ces genres attribués. Cet article explore leurs vécus non-binaires variés (personnes LGBT+, neuroatypiques, handicapées, racisées, travailleuses du sexe… ) et leurs revendications.

 

Pour commencer. Qu’est-ce que le genre ?

 

Pour bien comprendre en quoi consiste la non-binarité, il faut connaître les notions de base sur l’identité de genre et la transidentité. Le genre (ou sexe socioculturel) est une identité, un rôle social. Contrairement au sexe, qui a trait à des caractères physiques et anatomiques, le genre est construit socialement. Ce dernier existe notamment à travers le langage, les vêtements, les objets culturels, et prend forme dans les rapports sociaux. Il n’existe donc pas d’essence de la « féminité » ni de la « masculinité », mais des comportements socialement attendus d’une femme ou d’un homme, bien distincts et hiérarchisés dans la matrice hétérosexuelle.

Si les personnes se reconnaissent comme femmes ou hommes en fonction de ce qui a été décidé à leur naissance, on dit qu’elles sont cisgenres. Si les personnes ne sont pas en accord avec le genre qui leur a été assigné à la naissance et ressentent le besoin de vivre en tant qu’un autre genre, elles sont transgenres (ou trans). Une personne née avec un pénis et qui se rend compte qu’elle se sent femme, est une femme transgenre. Une personne née avec une vulve et qui se rend compte qu’elle se sent homme, est un homme transgenre. Certaines personnes ne se reconnaissent pas dans le genre qui leur a été assigné à la naissance et ne se reconnaissent pas non plus ou pas complètement dans le genre opposé. On dit qu’elles sont non-binaires.

Spectrum par Peter

 

Ni strictement hommes ni strictement femmes, des identités non-fixes

 

Culturellement, nous sommes des machines à binariser. Notre société est composée de deux catégories hermétiques : femmes et hommes, auxquelles correspondent des rôles bien précis. Rompre avec la binarité des genres, c’est contester les stéréotypes, les amalgames et les injonctions qui vont avec, pour revendiquer une identité indépendante de cette configuration.

 

Pour Dave, artiste transmasculin non-binaire et neuroatypique de 20 ans, « la non-binarité se caractérise par le fait que je n’arrive pas à me reconnaître dans le genre strictement féminin ou strictement masculin. Je n’ai aucun mal à utiliser des termes masculins pour me qualifier (Monsieur, homme, etc.), mais ça sonne quand même faux parce que ce ne sont pas des termes qui me correspondent exactement. Pour l’instant, je n’arrive pas à trouver une alternative qui me plaît, que ce soit en néo-pronoms ou avec le fameux Monestre, que je trouve joli, mais que je n’arrive pas à utiliser pour parler de moi. Pour les personnes qui ne sont pas familières de ce mot, Monestre est une alternative neutre aux titres de civilité Monsieur / Madame. C’est « Mon Être » en français du Moyen-Age (d’où le « s » pour remplacer le « ê ») ». 

Aconit, artiste militant·e et TDS de 24 ans, est genderfluid. « C’est-à-dire que mon genre oscille, bouge, varie, même si je ne me sens jamais complètement homme ou complètement femme. Certains jours, je fais pas mal de dysphorie, je me sens beaucoup plus masculin·e, et d’autres jours la masculinité me fait peur et je la rejette. »

Maa, étudiant et musicien de 22 ans, ne veut pas donner une définition figée de la non-binarité car il y a selon lui pléthore de possibilités combinatoires et transformationnelles. « Je ne sais toujours pas définir la non-binarité. Je sais que pour ma part, je suis le plus à l'aise avec le pronom "il" et les accords aux masculins. Je me cherche, parfois j'aime avoir une expression de genre qui se reflète de l’extérieur de façon "féminine" ou parfois "masculine" (selon les standards de normes évidemment). Je tente de sortir de ma zone de confort et d'aller vers quelque chose de moins binaire car cela me tient vraiment à cœur de montrer que le genre ou l’expression de genre sont fluides. »

Elsa est écrivain·e et traductrice de 33 ans. Elle est xénogenre, c’est-à-dire qu’elle utilise un terme inhabituel pour décrire son genre et considère que le plus juste pour se décrire sans rentrer dans les détails, c’est « anarchiste ». Elle raconte. « Ma non-binarité me semble être très liée à une identité primaire, où ce sont juste des humain·e·s qui s'agitent dans la vie. Parce que si on ne naît pas femme ou homme mais qu'on le devient, ça veut dire qu'au départ, tout le monde échappe au genrage, avant que l'éducation ne nous rattrape. Je pense à ces moments, trop rares, où on est et on agit sans avoir conscience d'être genré·e·s. Ces moments-là sont les plus précieux parce qu'alors il me semble que j’échappe aux injonctions, quelles qu'elles soient (…).

 

On m'a dit : tu seras un homme, et j'ai dit non. Mais pour dire non, celles et ceux qui m'ont aidé à me construire sont des meufs, féministes, lesbiennes, et/ou des trans, et depuis peu parfois des pédés cis. Avec tout cela, je me vois tout à la fois, profondément seul·e en moi-même comme "ni ni", mais face au reste du monde comme faisant partie d'une grande alliance comprenant meufs badass, sorcières, gouines, garçons trans et gentils pédés. D’ailleurs, ce sont un peu aussi tous mes genres. Un jour, quelqu'un·e a demandé à un ami ce que voulait dire "TPG" (transpédégouine) et il m'a montrée du doigt en disant : c'est Elsa. J'ai trouvé ça juste et ça m'a fait du bien. Alors, être non-binaire veut dire que dans le monde idéal, j'aimerais qu'on échappe à tout ça, mais qu'en attendant, à défaut d'être « ni ni », je suis et meuf-gouine et garçon-pédé, et je me sens proche des vieilles féministes puissantes, tout autant que des garçons trans qui émergent. C'est très foisonnant, parfois confus, mais plus juste que toute petite case pré-remplie. Je crois sincèrement qu'il y a, si chacun·e s'écoutait, autant de genres différents que d'individus.

 

Du coup, quand je suis fatiguée d'expliquer tout ça ou que je n'ai pas le temps, ou bien que je n'ai pas envie de rentrer dans le détail, je résume en disant que mon genre c'est "anarchiste", et ça me semble être très juste aussi, parce que c'est grâce à cette façon de penser et de faire de la politique que j'ai pu comprendre profondément tout ça, et que j'ai eu des armes intellectuelles et de lutte pour trouver la force d'assumer que je ne rentrais pas dans le bigenrage. Si mon genre c'est anarchiste, c'est que mon rapport au genre est une lutte pour m'émanciper et émanciper le monde autour de moi de ce carcan binaire. Je me sens vieille dame, sorcière, princesse, vieil hermite, et même si ça semble bizarre, garçon trans aussi parfois, mais tout ça ce sont des adjectifs, des facettes. Tout au fond de moi, dans la caverne centrale d'où partent toutes ces (très jolies) galeries, je ne suis rien de tout ça, encore vierge de tout genrage, et c'est précieux aussi, même si j'adore jouer / être toute la palette des genres secondaires qui me constituent. J'ai compris confusément tout au long de ma vie qu'il y avait un trouble dans mon genre, et quand, en rentrant dans les milieux militants queer, j'ai découvert la non-binarité, j'ai su aussitôt que c'était un outil qui venait dire "anarchie" à l'endroit précis du genre. (…) »

Alex par Peter

NB : La chaise roulante n’est pas la plus représentative, il existe des modèles plus courants et accessibles.

 

Le langage dans la communauté non-binaire

 

En français, comme dans toutes les langues issues du latin (à l’exception du roumain), le neutre n’existe pas. La binarité du genre est reproduite à travers le langage puisque le français ne reconnaît que deux genres grammaticaux. Un mot est soit masculin, soit féminin. A cause de cela, nous créons des rôles rigides qui emprisonnent les individus et nous nous trouvons incapables de communiquer une pensée qui ne soit pas genrée et sexiste. Référer aux personnes non-binaires pose alors un certain nombre de difficultés…

Face à ce langage normatif, éminemment masculiniste et binaire, qui a pour conséquence de créer des représentations mentales erronées ainsi que de faire accepter et légitimer la domination (faut-il rappeler une énième fois que la règle « le masculin l’emporte sur le féminin… » n’est pas innocente ?), les communautés féministes et LGBTQIAP+ font des recherches linguistiques et développent des stratégies orales et écrites, permettant notamment le respect des personnes non-binaires et transgenres.

 

Pour rendre le langage plus égalitaire et démasculiniser la langue, on peut ainsi utiliser une palette de pronoms. Certaines personnes non-binaires utilisent les pronoms personnels « il » et « elle » de façon systématique. Il est d’ailleurs tout à fait légitime de la part de personnes non-binaires d’utiliser les pronoms « il » ou « elle », même s’il s’agit de pronoms qui leur ont été « assignés » à la naissance. Le choix des pronoms qu’une personne LGBTQIAP+ emploie est personnel et ne doit pas être remis en question. Certaines personnes non-binaires utilisent les pronoms « il » et « elle » de façon alternée. D’autres les remplacent par de nouvelles formes, comme le néo-pronom : « iel » (avec le pronom réfléchi « elleui » en complément, exemple : « c’est à elleui ») et dans une orthographe alternative « yel », mais aussi les néo-pronoms « ille » et « el », « ol » et « ul », « ælle », « æl », « al », « ele », « im » et « em », etc.

Pour exprimer le genre non-binaire, on emploie aussi le langage inclusif (ou épicène), qui permet de combiner les accords féminins et masculins ensemble (Exemples : « chroniqueur·euse », « transporteur·euse », « dessinateur·ice », etc.).

Selon Aconit, « il est primordial d’adopter l’écriture inclusive et que ces pronoms rentrent dans la langue française pour qu’on puisse exister sans avoir l’impression d’être « relou·e·s » en demandant d’être genré correctement. Il faut aussi arrêter de mentionner le sexe sur les cartes d’identité ». Les personnes non-binaires espèrent se faire entendre pour obtenir des changements sociétaux importants tels que supprimer la mention de sexe sur l’état civil et pouvoir changer de prénom sans devoir dévoiler toute leur vie privée. En effet, sans papiers conformes à leur genre, les personnes non-binaires se mettent en danger et doivent sans cesse expliquer leurs vies ainsi que des choses très personnelles qu’elles ne devraient pas raconter à un·e employé·e de La Poste lorsqu’elle vont retirer un colis, par exemple…

Comment ont-iels réalisé qu’iels étaient non-binaires ?

 

Le questionnement sur sa propre non-binarité peut être un processus plus ou moins long selon les personnes. Vodounsi, 27 ans, est non-binaire et transmasculin. Il explique un cheminement long et complexe pour se positionner, se projeter, se construire, dans une société où la binarité de genre a été et demeure un instrument du colonialisme et de la domination blanche. « J'ai été assigné meuf à la naissance. J'ai mis du temps à comprendre que le malaise que je ressentais vis-à-vis de mon identité de genre n'était pas uniquement lié à la négrophobie qui façonne la société dans laquelle j'ai grandi, mais aussi à ma non-binarité. Ce n'est qu'à l'âge de 26 ans par exemple, que j'ai appris que la non-binarité de genre est à la base de certaines cultures d'Afrique. Dans la culture Yoruba (ethnie issue de l'Afrique de l'ouest, et dont les influences s'étendent à plusieurs pays et à différents continents), la binarité de genre n’existait pas du tout avant l’époque coloniale.

 

La culture Yoruba est voisine de celle de mes parents : la culture Fon. Une question me traverse et me transperce : comment se fait-il que je l'ai appris aussi tard ? La réponse se trouve dans le processus colonial. De même, très jeune, mes idées féministes m'ont amené à me questionner sur ce qui se passait en Afrique notamment. Et il m'a fallu un certain temps pour comprendre que la binarité de genre et le cis-hétéro-patriarcat ont été et restent des instruments du colonialisme et de la domination blanche. Il suffit de voir les lois homophobes marocaines qui ont été mises en place par la colonisation française et qui ont encore cours. »

Pour Peter, artiste genderqueer de 22 ans, les réseaux sociaux ont eu un rôle important à jouer pour explorer la notion de genre et s’affranchir du modèle masculin versus féminin. « C’est grâce à Twitter, il y a environ trois ans, que j’ai trouvé des personnes comme moi et que j’ai voulu explorer un prénom et des pronoms différents avec un groupe d’ami·e·s. C’est resté car c’était merveilleux. »

Alex est photographe genderfluid et neuroatypique franco-brésilien·ne. « Femme ou homme sont des conceptions qui n’ont jamais eu beaucoup d’importance dans mon monde. Etant petit·e, je n’arrivais pas à socialiser en tant que mec. Il y avait un tas de codes sociaux, de règles, que j’étais incapable d’assimiler. (…) Être au clair sur son identité de genre, ça prend du temps. Par exemple, si ton questionnement se base uniquement sur ce qui concerne ton look, c’est insuffisant. Aimer s’habiller en femme quand on est assigné homme ne reflète pas forcément une dysphorie de genre. Il faut explorer beaucoup plus de questions que cela pour savoir si cela a un lien avec ton identité de genre ou pas du tout. »

Colombe est conductrice de travaux en menuiserie, féministe et genderfluid de 28 ans. Elle aime le steampunk (genre littéraire dont l’action se déroule dans l’atmosphère de la société industrielle du 19e siècle) ainsi que les esthétiques post-apocalyptiques (sous-genre de la science-fiction se déroulant pendant ou après l’effondrement de la société actuelle), la science-fiction et le médiéval fantastique, qui lui permettent de transpercer les stéréotypes et archétypes de genre. « J’ai été garçon manqué toute mon enfance et le début de mon adolescence. J’ai partagé beaucoup d’activités avec des garçons. Je me souviens qu’au début de l’adolescence, un clivage s’est fait parmi les gens que je côtoyais, filles d’un côté, garçons de l’autre. A l’époque ça m’avait beaucoup perturbé car pour moi, nous n’étions pas si différent·e·s que ça. Et à l’heure actuelle, ça me semble toujours un clivage très artificiel. C’est beaucoup plus tard, en discutant avec une amie qui m’a expliqué qu’elle était genderfluid, que j’ai pu mettre des mots sur les sensations que j’avais eu pendant mon adolescence. J’ai pu par la suite, au travers du steampunk et de différents milieux costumés, travailler sur ma représentation de genre. Me travestir, m’hyper féminiser, créer des costumes comprenant les deux genres. Ça m’a fait beaucoup de bien et ça m’a permis d’expérimenter dans des milieux assez safe sur ces questions-là. »

David a 31 ans, elle est artiste militante et TDS genderqueer. Elle raconte son cheminement vers la non-binarité. « Pendant mon adolescence j’ai vite senti qu’il y avait quelque chose, une chose différente par rapport à mon entourage, mais quoi; je ne savais l'expliquer. J’ai grandi au fin fond des Vosges alors je vous laisse imaginer qu’il était impossible d’en parler. Parler de quoi ? Je n’avais pas encore les mots pour extérioriser mon ressenti.  Du coup, j’ai toujours été perçue comme la personne bizarre, sans doute gay. C’était plus facile de me mettre tout de suite dans une case plutôt que de chercher à comprendre qui j’étais. Et il faut dire que c'était drôle, pas drôle pour moi mais pour les autres, de dire que “David ? Faites attention les mecs, il est PD”. C’est le début de l’histoire... Pour vous éviter une lecture trop lourde je vais faire quelques bonds temporels. De toute façon quand une société suit un schéma bien normé, il y a des redondances.


Je viens d’avoir 21 ans, je m'installe en appart et c’est une révolution; je suis indépendante. À ce moment-là je ne me pose plus trop de question sur mon identité. Je suis seule ou presque, mon ordinateur me permettant de pouvoir jouer en ligne et de rencontrer du monde sans bouger de mon salon. Moi qui n’avais pas confiance en moi, l’écran était ma cape qui me donnait l’assurance que je n’avais pas dans la “vraie vie”.  Je jouais ma seconde vie sur Second Life. Une seconde vie qui n’était en réalité pas si secondaire que ça. Maintenant, avance rapide sur mes 4 années de relation toxique avec mon ex ! Peut-être que la phrase “j’ai peur que tu viennes me dire que tu vas changer de sexe” a son importance ici alors que je ne lui parlais jamais de mes doutes sur mon identité de genre… Mais il serait temps de sortir de cette atmosphère lourde pour passer au moi d’aujourd’hui et partager du positif.

Je suis à nouveau en couple et je réalise que j’ai le droit d’être moi-même. Je me déconstruis pour mieux me reconstruire. A une époque pas si lointaine, je performais un style pour ressembler à une certaine image de mec : j’étais un dandy ! Je comprends aujourd'hui que ce style me permettait d’avoir droit à une certaine excentricité et de sortir des stéréotypes. Peu à peu, grâce à ma copine et aux rencontres que j’ai pu faire, je me sens de plus en plus légitime à être qui je suis. Je me questionne sur mon genre. “Moi, un homme ?” Il y avait quelque chose qui ne collait pas du tout ici. J’ai donc gardé cette interrogation en tête pendant un petit moment. Jusqu’au jour où je suis tombée sur un blog. Je vois un article, celui d’une personne non-binaire qui parle de son parcours. Je commence à lire et je pleure. Mes larmes coulent et je suis heureuse. J’ai l'impression de lire ce que j’aurais aimé écrire. Maintenant je sais, je suis non-binaire ! Alors certes, mais que faire de cette information ? C’est déjà une grande nouvelle mais j'ai besoin d’en parler. “Coucou chérie ton voyage s’est bien passé ? Je suis non-binaire !”. Ma copine l’a accepté et elle n’était, je pense, pas très étonnée. Depuis, elle m’accompagne et me soutient, merci ! J’ai commencé à vivre ma libération aussi bien mentale que physique. J’en ai parlé autour de moi. Depuis, je me suis élevée, comme si c’était à partir de là que j’avais véritablement commencé à vivre. Comme un tournesol qui cherche la lumière, mon soleil, c’était mon identité !

Maintenant j’ai 31 ans, je suis genderqueer, pronom elle et je vis ma meilleure vie (c’est même une phrase sur mon profil Tinder).  Alors oui j’ai eu un parcours difficile. J’ai géré l’alcoolisme de mon beau père très jeune, j’ai été harcelée au collège, j’ai été stigmatisée et tout ça continue encore, mais cela fait partie de moi et j’en fais une force. Si comme moi vous vous posez des questions sachez une chose, vous, toi, tu es légitime ! Je regarde derrière moi et je suis fière du chemin parcouru, je suis non-binaire. »                    

 

Prendre son temps avant de se définir avec certitude est primordial, afin de se renseigner et d’avoir un questionnement long, sans pression à faire son coming-out, à transitionner, à faire des chirurgies ou à changer d’état civil.

Regarde-moi, écoute-moi et comprend-moi par Peter

 

Le regard des proches sur la non-binarité

 

La non-binarité n’est pas forcément évidente à expliquer à son entourage, surtout s’il n’a jamais interrogé cette notion et s’il ne fait pas preuve d’une bienveillance particulière. « Avec ma famille, j’ai juste commencé à me genrer au neutre ou au masculin parfois, à changer mon nom sur Facebook, à partager des informations sur la transidentité, etc. », raconte Aconit. « Du côté de mon père, je suis arrivé·e à Noël, et ma mamie avait écrit mon nouveau prénom sur la table. Même si tout le monde continue de me genrer au féminin, je vois que ça ne les gêne pas (malgré un « et t’as encore une chatte ou pas ? » de mon géniteur) ».

« Je n’ai pas fait mon coming-out auprès de ma famille, même si j’ai pu lancer quelques sondes par des biais détournés, sans grand succès », explique Colombe. « Mais je l’ai fait auprès de plusieurs ami·e·s proches. La plupart des réactions ont été positives, mais j’ai eu mon lot de réactions d’incompréhension sur le sujet. Je sens qu’auprès de certaines personnes que j’ai pu côtoyer, la question de l’identité de genre est une perte de temps, et cela me rend assez timide sur le sujet. »

 « Je fais mon coming-out au compte-goutte, mais je me confronte surtout à de la tolérance plus que du soutien », raconte Peter. « J’ai de la chance de recevoir des retours assez positifs, cependant qui ont tendance à tolérer ma non-binarité, sans essayer de me comprendre ou de me soutenir. J’ai aussi très peu de passing car je suis dans une expression visuelle très fem, et ça rend les gens confus avec les pronoms masculins. » Or expliquer sa non-binarité ne doit pas être source de jugements et de malveillance. Cela ne doit pas être non plus une obligation sociale, un fardeau pour soi et sa santé mentale.

 

Une personne non-binaire n’est pas obligée d’expliquer en permanence que qu’est la non-binarité, à avoir à se représenter en public et à s’exprimer à ce sujet, car ce n’est pas son rôle d’éduquer les gens un par un et cela prend une énergie considérable. C’est pourquoi parfois, seul·e·s les ami·e·s les plus ouvert·e·s, souvent issu·e·s des milieux militants et/ou d’Internet, sont au courant. Dave abonde dans ce sens : « Pour l'instant, seulement mes ami·e·s le savent. Je n'ose pas encore le dire à ma famille car mon coming-out trans binaire a déjà été très compliqué à comprendre pour elleux et j'ai peur que leur parler de non-binarité ne les rendent encore plus confus·e·s. Mes ami·e·s l'ont assez bien pris, étant elleux même non-binaires pour la plupart. »

Quels sont les points communs et les différences entres les vécus non-binaires et transgenres ?

 

Par définition, la non-binarité est une forme de transidentité car les personnes non-binaires ne sont pas exclusivement du genre qui leur a été assigné à la naissance. Non-binaires et personnes transgenres doivent toustes évoluer dans un monde cissexiste, où iels subissent souvent violences et discriminations. David résume en une formule poétique : « La non-binarité est un ensemble d’identités. Ces identités constituent des feuilles, des branches, liées à un tronc : la transidentité. »

Selon Dave, le combat est le même. Mais les non-binaires ont encore trop peu de modèles auxquels s’identifier et ont très peu de passing. « La seule différence je dirais, c’est notre refus d’appartenir au système binaire de notre société qui nous invisibilise, nous agresse parfois. Personne ne parle de nous dans les médias, dans les documentaires LGBT+… Certain·e·s dans la communauté trans vont nier notre existence ou nous critiquer en utilisant la même rhétorique que leurs oppresseurs parce que nous ne cherchons pas à « devenir cis », parce que souvent nous ne faisons pas de transition médicale, que nous n’avons pas toustes de la dysphorie de genre… ».

« J'ai l'impression que les personnes non-binaires sont parfois méprisées au sein de la communauté », explique Maa. « Il semblerait que l'on ne soit pas toujours compris·e·s, ou aux yeux de certain·e·s, pas assez crédibles dans l'expression de notre genre. Comme si, en étant non-binaire on avait besoin d’être plus expressif·ve·s, de prouver notre non-binarité. Au même titre que les personnes trans, non-hormonées peuvent être meprisées car elles ne seraient pas "crédibles" non plus. Or, on exprime son genre comme on veut. »

 

Pour Aconit, « on subit toustes de la haine et de l’incompréhension vis-à-vis de notre genre. Lorsqu’on est non-binaire, on subit en plus de l’enbyphobie, même de la part de personnes trans. Aucun genre n’existe pour nous sur les cartes d’identité par exemple, et nos proches ont souvent du mal à nous genrer correctement parce qu’iels ne savent même pas comment s’écrivent ou se prononcent certains mots… »

Les défis que pose la non-binarité au niveau des services de santé

 

Les personnes non-binaires rapportent de nombreuses difficultés rencontrées avec les services et les professionnel·le·s de santé : incompréhensions, non-dits, sensations de malaise ou de jugements. Ces professionnel·le·s, souvent enfermé·e·s dans une vision normalisée du corps, peuvent en effet avoir des idées reçues qui font obstacle à un bon suivi médical. Iels oscillent alors entre deux extrêmes : soit l’identité de genre de leurs patient·e·s devient leur seule préoccupation, soit ce sujet est passé sous silence.

 

« J'allais voir régulièrement une psy à la fac », raconte Maa. « J'ai eu l'audace de parler de ma non-binarité et de ma transidentité avec elle. J'ai eu l'impression qu'elle associait tous mes problèmes à cela après. Je lui parlais de sujets très graves qu'il y a eu dans ma famille, mais elle rebondissait toujours sur mon genre. C'était insupportable. Depuis, je n'arrive pas à me remettre à chercher un·e autre psy. »

 

Dans ces circonstances, certain·e·s patient·e·s développent presque une phobie du cabinet médical. « C’est simple, je vais consulter le moins possible. Et je change régulièrement de généraliste pour éviter de révéler ma non-binarité », témoigne Alex. « C’est super fatiguant, mais je préfère choisir le silence plutôt que les remarques déplacées ».

Aconit explique qu’iel doit se déclarer en tant qu’homme trans pour percevoir l’Affectation Longue Durée (ALD), alors qu’iel n’est pas un homme trans. L’ALD est un vestige de l’époque où la transidentité était perçue comme une maladie. Depuis 2009, la transidentité est dépathologisée en France, mais les personnes trans peuvent continuer à requérir cette prise en charge. « Mes psys me genrent au masculin pour ne pas me genrer au féminin, mais je ne suis pas un homme, ce n’est pas ce que j’utilise comme pronom ou accord... Et pour toutes les personnes trans, c’est compliqué : on doit faire la demande d’ALD d’abord pour la transidentité avant celle pour la santé mentale, parce que sinon l’ALD transidentité peut être refusée à cause des suivis psy (ce qui est transphobe). »

 « Je pense que les neuroatypicités des personnes non-binaires et trans peuvent être invisibilisées », raconte Peter. « Mes courtes expériences psy m’ont fait comprendre que parfois la personne en face est tellement surprise par ton identité de genre qu’elle se focalise sur la question en oubliant de travailler les sujets qui font que tu es venu·e la voir en premier lieu. Je pense aussi qu’il y a un manque d’outils pour accompagner les personnes non-binaires et trans, et que beaucoup de psy ne sont pas formé·e·s pour approcher nos identités. Ce qui peut créer des moments assez violents et maladroits. »

Selon Dave, « dépression, anxiété, trouble du stress post-traumatique sont souvent légion dans la communauté non-binaire, sans parler des personnes neuroatypiques et handi. Or nous avons un problème à trouver des professionnel·le·s de santé compétent·e·s, capables de nous soigner sans jugement. Il y a aussi les personnes racisées et grosses qui subissent les mêmes soucis. Toustes ont au moins une histoire d’errance médicale parce que les soignant·e·s ne sont pas formé·e·s pour nous prendre en charge, et ont des à priori qui les empêche d’avoir un raisonnement objectif. »

Dans ces circonstances, les professionnel·le·s de santé doivent être formé·e·s aux problématiques et à l’existence même des personnes non-binaires pour donner des soins adaptés, s’affranchir des idées reçues et ne pas présumer de l’identité de genre de quelqu’un·e.

Reconnaissance et adelphité par Peter

 

Les liens entre féminisme et non-binarité

 

Le féminisme, qui se bat pour la destruction de l’inégalité entre les genres et des rapports de pouvoir, a toujours été lié aux mouvements des minorités sexuelles et de genre. Non-binaires et féministes ont ainsi en commun de contester les catégories qui les enferment et les normes oppressantes.

 

Selon Aconit, « le féminisme se doit d’être un combat inclusif, comprenant la lutte contre toutes les oppressions ». Dave lea rejoint : « C’est le patriarcat qui force une binarité des genres et réduit les personnes à leurs organes génitaux. C’est aussi lui qui impose des codes de genre (masculinité toxique, règles qu’on impose aux femmes pour qu’elles soient « respectables », etc.) ».

« À partir du moment où l'on remet en cause l'ordre établi des genres, j'ai tendance à penser qu’il y a forcément un lien », explique Maa. « Non-binarité et féminisme sont indissociables, comparé à ce que certaines peuvent prôner. C'est sur la base de genres binaires que des discriminations comme le sexisme, la transphobie, l’enbyphobie et d'autres se sont créés. »

 

Cependant, force est de constater que les luttes féministes prennent encore très peu en compte les questions liées à la non-binarité, par ignorance et méconnaissance des personnes non-binaires. Certaines féministes rejettent même radicalement la notion de non-binarité, en déployant un discours biologisant et en exprimant publiquement leur désaccord quant à la place des personnes transgenres, non-binaires, drag et travailleur·euse·s du sexe au sein de la lutte féministe. A l’image de la militante Marguerite Stern, qui écrivait en janvier 2020 sur Twitter « Nous sommes des femmes parce que nous avons des vulves, c’est un fait biologique ».

 

Maa déplore cette pensée essentialiste et dichotomique, qui au lieu de démolir le système, le renforce. « Quand je me dis non-binaire, je sais très bien que ce seront principalement les hommes cisgenres ou les TERFs (trans exclusionary radical feminists) qui me prendront de haut en premier. Les TERFs m'ont déjà insulté de "femme en dysphorie de genre", mais je ne suis PAS une femme. (…) Hélas les TERFs ne sont pas des féministes car elles oppressent d'autres minorités en employant les mêmes outils que le patriarcat cis hétéro normé utilise, c'est-à-dire en utilisant la peur pour faire taire des minorités. »

 

« J’ai rencontré un féminisme moins inclusif », témoigne Peter. « Je me suis rendu compte que dans la lutte féministe, il peut y avoir une sorte d’obsession pour la binarité de genre, invisibilisant les autres genres et créant ainsi quelque chose d’oppressif. Le féminisme devrait rassembler de nombreux combats, nous apprendre à conscientiser les diverses violences qui nous entourent afin de ne pas recréer ces schémas oppressifs, mais plutôt les démêler et apprendre à percevoir la société au-delà de ces normes établies ».

L’inclusion dans les milieux LGBTQIAP+ et féministes

 

« Le féminisme n’a aucune valeur sans intersectionnalité ni inclusion », disait la féministe américaine Kimberlé Williams Crenshaw, qui a introduit le terme d’intersectionnalité à la fin des années quatre-vingt afin de montrer que les expériences vécues par une personne noire et par une femme ne peuvent pas être comprises et analysées comme deux données séparées ou indépendantes. Plus généralement, l’intersectionnalité vise à montrer que la domination est plurielle et tente de mesurer l’impact d’oppressions multiples : LGBTQIAphobies, sexisme, validisme, racisme, grossophobie, putophobie, classisme… « Admettons que même dans nos luttes, on a des personnes plus privilégiées que d’autres. Il faut normaliser la parole des concernées », résume Peter.

La personnes non-binaires interrogées dans le cadre de ce dossier subissent simultanément plusieurs formes de domination et de discrimination. Mais elles remarquent que la convergence des luttes peine à s’articuler au sein même de la communauté LGBTQIAP+ et du mouvement féministe.

« Les organisateurices l'ont empêché·e de stimmer sur scène »

Aujourd’hui en France, la communauté LGBTQIAP+ est encore trop validiste. La plupart du temps, les militant·e·s LGBTQIAP+ n’ont pas le réflexe de l’inclusivité ou bien les lieux LGBTQIAP+ ne sont pas adaptés aux personnes handicapées. Les personnes neurodiverses, handicapées ou ayant des maladies chroniques sont aussi confrontées au rejet, subissent des blagues nocives ou des questions indiscrètes sur leurs vies.

Dave a malheureusement assisté à du validisme dans le milieu trans. Il raconte comment saon partenaire a dû s’adapter à la norme validiste d’une organisation militante, non sans conséquences. « Avec maon partenaire Kelig, qui est non-binaire et autiste, nous sommes allé·e·s à l'ExistransInter 2019, iel était bénévole chargé de l'accessibilité. Nous étions sur le char handi. Iel était également membre de l'association Handiqueer et devait faire un discours avant la marche. Les organisateurices l'ont empêché·e de stimmer sur scène (l’autostimulation peut prendre la forme de répétitions de certains comportements comme le battement des mains, les balancements, les récitations de phrases… Elle est nécessaire à la régulation sensorielle, pour se protéger des situations anxiogènes et angoissantes, et pour prendre conscience de son corps dans l’espace) en lae menaçant de lae faire descendre. Iel est passé·e en dernier avec les personnes racisées parce que "Vous voyez, c'est pas une manif pour les handies".

Et les fameuses mesures prises pour l'accessibilité n'ont fait que marginaliser les personnes handi de la marche : le char était situé devant la banderole de début de marche, il n’y avait pas d'accès aux slogans et on a refusé la montée sur le camion d'une personne qui faisait une crise d'angoisse parce qu'elle n'était pas prévue. Maon partenaire a tellement galéré qu'iel a fini par faire un malaise sur le char. Nous nous sentions rejeté·e·s, nos demandes prises à la légère. Et je ne souhaite plus participer aux prochaines éditions de l'ExistransInter à cause de ça, malgré mon envie de me battre pour mes droits. Surtout au vu de leur traitement des personnes handi pour cette édition, où iels ont promis de représenter les personnes handi sur leur affiche (ce qui n'a pas été fait ou très mal) et ont failli maintenir la marche de 2020 malgré le danger qu'elle pouvait être pour les personnes handi à risque. »

« Les milieux queer restent blancs, eurocentrés, et donc très excluants  »

 

Vodounsi dessine le constat que la communauté LGBTQIAP+ occidentale n’est pas hermétique aux rapports de domination raciste et explique les évolutions qu’il souhaiterait voir. « J'aimerais que les milieux queer prennent conscience de leur racisme et de leurs privilèges. Ça n'a pas le même impact de prendre de la testostérone quand on sait qu'on va passer pour un homme noir, un Adama Traoré parmi tant d'autres... Et donc augmenter le risque de contrôle au faciès, de violence policière. Être perçu comme un mec noir, ça ouvre tout un univers de fantasmes racistes et de fétichisation, autant que ça rassemble la France fasciste contre une figure de bouc-émissaire. Et où trouver refuge, ensuite, quand les milieux militants viennent enfoncer le clou, en invisibilisant sans cesse nos voix et nos identités, en s'appropriant nos concepts pour mieux nous contrôler ?

J'en veux terriblement à la scène queer blanche très paillettes qui crie à tout va qu'être LGBTQIA+ est une fierté qu'il faut afficher. Ces personnes refusent d'entendre qu'en fonction du pays d'où on vient, le risque qu'on prend quand on revendique son identité n'est pas le même, ça peut être la prison ou la mort. Mais ça ne rentre pas dans les lunettes de la blanchité. Et j'ai surtout envie de demander à ces bourgeois blancs : "de quoi vous êtes fiers au juste ? D'exploiter la moitié de la planète pour affirmer votre identité ? Il n’y a pas à être fier du racisme de ces milieux, du pink washing, de l'appropriation culturelle, du néocolonialisme, etc. Il y a de quoi avoir honte. Et il est nécessaire de réparer.

 

Les milieux queer restent blancs, eurocentrés, et donc très élitistes. Difficile pour une personne racisae de s'y reconnaître, sauf si elle a bien intégré la blanchité, ce qui est mon cas. J'ai évolué dans des milieux très blancs, fait des études supérieures. Mais j'ai du mal à trouver des exemples de personnages médiatiques trans et noirs qui sont encore en vie. J'ai du mal à partager mes peurs et mes doutes sur ma transition avec des personnes qui peuvent comprendre mes problématiques et me conseiller. J'aimerais retourner à mes origines. Et même en cherchant des témoignages, documentaires etc., je ne tombe que sur peu de choses. Donc je parle d'un besoin de visibilité au sein des espaces queer et du besoin de création d'espaces en mixité choisie dans lesquels il serait possible de se retrouver entre personnes racisae et de se donner l'énergie de lutter contre cette domination qui a aussi des conséquences négatives sur la santé mentale.

 

Depuis peu, j'essaie de fréquenter des espaces en mixité choisie pour échanger entre personnes queer et racisae. Sauf que nous sommes peu nombreuxes, la domination blanche et le colorisme n'en sont pas pour autant absents, voire même omniprésents. C'est un travail monstrueux de décoloniser nos cultures, lutter contre le racisme systémique, créer nos propres outils, et à côté de ce travail bénévole, on doit aussi survivre, prendre soin de sa santé mentale, se réapproprier son corps, etc. Un challenge quasi impossible en réalité.

 

En tant que personne transmaculine noire, une de mes plus grandes victoires est celle d'être en vie, de n'avoir pas mis fin à mes jours et de ne pas avoir été assassinée, de lutter chaque jour pour exister. J'affirme que je suis un corps colonisé, mais dissident, qui cherche à se reconnecter à une identité qui lui a été volée, brisée, et dont les morceaux sont quasiment impossibles à recoller.

En tant que personne noire trans et non-binaire, ma plus grande souffrance est de ne pas trouver d'espace de repos, pour échapper ne serait-ce qu'un instant aux violences racistes et transphobes / enbyphobes. Et pourtant, je parle depuis le privilège d'être né en Europe, où les enjeux paraissent bien plus futiles que dans certains pays d'Afrique ou d'Abya Yala (littéralement, « terre généreuse ». Nom de la langue des kunas du Panama, choisi en 1992, à l’occasion du 500e anniversaire de la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb, par les nations indigènes pour désigner le continent d’Amérique au lieu de le nommer d'après Amerigo Vespucci). »

TDS Genderqueer par Peter

 

« Les abolos ne supportent déjà pas les femmes cis TDS qui revendiquent d’être putes, alors je vous laisse imaginer quand c’est une personne non-binaire ou trans… »

 

Les travailleur·euse·s du sexe non-binaires et trans ont quasiment toustes vécu de la violence à leur encontre de la part de certaines féministes abolitionnistes dans les milieux militants et sur les réseaux sociaux. Ces dernières considèrent en effet que la violence est inhérente à la prostitution et que tout acte sexuel imposé par l’argent constitue une violence, tandis que les féministes intersectionnel·le·s considèrent que la violence que subissent les travailleur·euse·s du sexe est liée à leur situation de précarité, de clandestinité et à leur stigmatisation par la société. Dans un contexte où les TDS ont besoin de toustes leurs allié·e·s, certaines abolitionnistes invalident la parole et les points de vue des TDS non-binaires, ce qui entretient des scissions et des rapports sociaux inégalitaires.

Aconit est avant tout artiste et militant·e, mais le travail du sexe est une activité très importante dans sa vie. Iel nous explique en quoi TDS et féminisme sont compatibles : « Il y a toute la dimension de se réapproprier son corps, de lui donner une certaine utilité, et de dépouiller les mecs cis de leur argent (rires) ». Son travail de domina, d’escort et de cam girl lui permet d’avoir de quoi vivre. Mais en tant que TDS non-binaire, le travail du sexe est plus dangereux. Aconit raconte qu’iel ne préfère pas qu’un client sache que c’est une personne non-binaire, pour ne pas se mettre en danger. « Concernant le virtuel, la demande de TDS queer est forte. Mais en réel, je dois choisir si je travaille comme femme ou homme trans. Or étant non opéré·e et prenant peu d’hormones, une personne grosse avec des énormes seins et du maquillage comme moi ne fonctionnerait pas en tant que mec trans (ou très peu), alors je prends le parti de me dire femme pour les clients. »

David est domina et elle est aussi sur OnlyFans. Elle a une pratique artistique directement liée au TDS puisqu’elle fait du porn-queer. « J’aime dire que c’est mon activité principale et c’est le cas, même si financièrement ce n’est pas toujours simple. Par contre, ça me procure beaucoup de joie d’être TDS. Je suis épanouie dans ce que je fais et j’en suis fière. Ça m'a permis de prendre mon indépendance face au système classique qui est compliqué à gérer pour moi. C’est aussi pour moi un combat, une cause à défendre qui me tient à cœur. Je ne me cache pas d’être TDS et j’en fais une force et une revendication. Quand quelque chose n’est pas accepté le faire avec ferveur l’amène à devenir politique par la force des choses et il faut dire que je suis une militante plutôt vénère ! » Selon David, il y a un gros problème dans le milieu : les stéréotypes. « Pour beaucoup d’hommes cisgenre, il y a les personnes cis et trans qu’ils voient dans les pornos fait par et pour les mecs. Du coup, je ne rentre pas trop dans leurs cases. En revanche, ce qu’il est intéressant de constater, c’est le nombre de mecs “100% hétéro” qui se sentent rassurés de venir me voir. Je ne suis pas un homme mais pour eux, j’en ai le corps, et ça, dans leurs têtes, ça ne les sort pas de leur normativité. Et il y a aussi les clients plus ouverts, contents de sortir de leurs petites habitudes normées. »

Toustes deux essuient régulièrement des attaques de TERF et de SWERF, blessantes et éreintantes. « Ce sont des personnes transphobes et putophobes qui se disent féministes radicales mais qui sont en réalité extrêmement excluantes », explique Aconit. « Il faut arrêter de donner de la légitimité à leurs paroles. Leur manque d’inclusivité, leurs discours et leurs actes sont violents », ajoute David. « Au lieu de nous allier pour détruire le patriarcat, elles creusent un fossé qui continue de grandir de jour en jour, et tout le monde perd de l’énergie. Et on ne va pas se mentir, les abolos ne supportent déjà pas les femmes cis TDS qui revendiquent d’être putes, alors je vous laisse imaginer quand c’est une personne non-binaire ou trans… Pour les abolos, le truc que j’ai entre les jambes vient directement invalider mes propos, alors que le TDS c’est moi qui le vis et non pas les personnes qui viennent nous bombarder de chiffres complètement faux sans avoir jamais connu le travail du sexe ! (…) Si vous voulez en apprendre plus sur le TDS, je vous conseille le compte @tapotepute sur Instagram»

Se former, se sensibiliser, se conscientiser à tous ces enjeux, ainsi qu’écouter l’expérience et l’expertise des personnes non-binaires dans toute leur diversité de vécus : racisées, neuroatypiques, handicapées, TDS, grosses, permettrait de ne pas exclure une partie de la population au sein des mouvements sociaux.

Comment être un·e bon·ne allié·e pour les non-binaires ?

 

Dans le jargon, une personne hétérosexuelle qui prend conscience de l’oppression subie par les LGBTQIAP+, qui soutient l’égalité des droits et conteste les LGBTQIAphobies, est une alliée. Pour cela, il faut d’abord prendre conscience qu’être un homme est un privilège, tout comme être blanc·he, valide, cis ou hétéro.

 

La présence des allié·e·s est importante au sein de la lutte pour les droits LGBTQIAP+. Aussi, à partir des témoignages recueillis dans le cadre de dossier, nous dressons un petit guide des choses à faire et à ne pas faire pour être un·e allié·e efficace des personnes non-binaires et transgenres. Il y aurait bien sûr bien d’autres points à développer, mais ce sont, à notre sens, les points les plus importants.

​1) Respecter nos identités

« En demandant quel prénom, quel(s) pronom(s) et accord(s) utiliser, en le(s) respectant, et puis en respectant les personnes non-binaires comme des personnes à part entière, tout simplement. » (Eliz, musicienne et disquaire franco-libanaise)

« Ce sont des actions et comportements simples à mettre en place mais qui montrent à la personne en face de nous qu’elle est légitime, respectée et considérée dans son identité propre. » (David)

2) S’éduquer, s’informer (via les ressources mises à disposition par les personnes LGBTQIAP+, et non via les pseudo expert·e·s cis)

« Comme pour les personnes trans binaires, être un·e bon.ne allié·e, ça passe par l’information. Se documenter, parler avec des militant·e·s, se déconstruire de cette éducation binaire dans laquelle on baigne. » (Dave)

« Il faut que les allié·e·s fassent des recherches de leur côté sur ces questions, plutôt que de penser qu’il est de notre devoir de les éduquer. Personne n’a envie de passer des heures à expliquer des choses qui peuvent être blessantes (sauf si on le propose, bien sûr). Il est également important d’éduquer ses proches en rapportant et en normalisant la parole des concerné·e·s. » (Aconit)

« Il faut être à l’écoute et offrir la possibilité d’aborder le sujet dans un environnement sécurisant. Je pense que se cultiver de son côté sur certaines questions peut être sain. Cela permet de ne pas bombarder les personnes de questions alors qu’elles sont épuisées d’y répondre ou qu’elles n’ont simplement pas envie de le faire. Pratiquer le féminisme en milieu masculin (je suis menuisière en BTP) m’aura fait comprendre à quel point le devoir pédagogique peut s’avérer épuisant sur le long cours. » (Colombe)

3) Modérer son avis

« Les allié·e·s ne doivent pas imposer leurs avis sur un sujet qui ne les concerne pas directement. Leur parole ne remplace pas celle d’une personne LGBTQIAP+. » (Alex)

« Il faut être à l’écoute et laisser la parole aux personnes directement concernées. » (David)

4) Ne pas poser des questions trop personnelles

« Arrêtez de vouloir savoir ce qu’il y a dans notre pantalon et traitez-nous comme des êtres humains ! » (Aconit)

« Ne posez pas de questions sur les organes génitaux, sur la « chirurgie », sur le prénom de naissance, ne demandez pas de photographies « d’avant », etc. » (Alex)

5) Ne pas comparer son expérience à celle d’une personne non-binaire

« Ce n’est pas pertinent et c’est blessant. » (Alex)

6) Ne pas dire aux non-binaires ce qu’iels sont censé·e·s être ou doivent ressentir

7) Combattre l’enbyphobie, la transphobie (et plus) dans la société

« Venez nous aider quand vous nous voyez en situation dangereuse (insultes, menaces, etc. ) » (Aconit)

« Faites remarquer à une personne quand elle fait preuve d’enbyphobie, de transphobie, de sexisme, etc. » (Alex)

8) Respecter les événements non-mixtes

« Parfois nous organisons des événements et des groupes fermés aux personnes qui ne sont pas concernées directement par la lutte défendue. Ce sont des événements pour nous sentir davantage en sécurité et pour pouvoir nous exprimer pleinement. Respectez-le et n’essayez pas de vous incruster (j’ai vu plein de gens hétéros s’incruster à des fêtes LGBT+, c’est juste insupportable). » (Alex)

Et plus... !

Autoportrait par Aconit

 

Les évolutions que nous souhaiterions voir

 

Les personnes non-binaires veulent voir la fin de l’invisibilisation de leurs existences, ainsi que des lois cohérentes contre les discriminations fondées sur le genre et l’expression de genre.

« Ce serait bien que les personnes non-binaires soient davantage prises en compte dans les luttes queer plutôt que d’être rangées dans la case trans. Qu’on cesse un peu cette invisibilisation », explique Dave. « Qu’on nous écoute sans se moquer, qu’on cesse de requestionner notre légitimité et notre existence au sein de la communité queer tous les 15 du mois. Et qu’on commence à se faire entendre par la majorité pour avoir des changements sociétaux plus importants (supprimer la mention de sexe dans l’état-civil, pouvoir changer ce dernier et avoir un prénom plus simple, etc.) »

David le rejoint. « J’aimerais que la non-binarité soit reconnue et que les gen·te·s ne nous discréditent plus en disant que l’on cherche à se faire remarquer ou encore que l’on invente de nouveaux mots (tout mot a été un jour inventé, non ?). On veut juste vivre !
J’aimerais aussi que l’on arrête de toujours dire “bonjour madame, bonjour monsieur” dans les commerces, par exemple. Cette pseudo formule de politesse est vécue pour beaucoup comme une violence. Heureusement on est fort·e·s, ensemble, et nous sommes une grande famille, les queer. 
»

« J’ai l’impression que de plus en plus de personnes se rendent compte que la vision binaire que la société a du genre est nocive et désuète, pourtant la reconnaissance des droits non-binaires et transgenres restent une lutte quotidienne. (…) Parmi mes revendications et celles de mes adelphes, il y a la reconnaissance des formes inclusives de la langue française, la généralisation de lieux non genrés comme les toilettes neutres ou les vestiaires neutres » explique Alex, « la formation et la sensibilisation de professionnel·le·s dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’administration, des foyers d’accueil des mineur·e·s, ou encore la prise en compte des personnes non-binaires dans les statistiques (agressions, viols, violences conjugales, harcèlement… ). On se bat aussi pour l’accès à toute forme de transition hormonale et / ou chirurgicale de façon dépsychiatrisée, l’accès à la PMA, le respect des droits des parents non-binaires et transgenres ou encore l’abandon des lois contre le travail du sexe précarisant et mettant en danger les personnes concernées ».

 

Colombe est une grande consommatrice de films et de séries. Alors que les images et les scénarios sont souvent parasités par les stéréotypes et perpétuent une vision normative des identités de genre, Colombe aimerait voir un changement s’amorcer. Elle insiste sur le fait qu’il faut déconstruire les imaginaires par le biais d’une plus grande diversité des représentations. « Je serais heureuse d’y voir une plus grande diversité de physiques et de genres. Je pense que sortir des clichés permet de créer une nouvelle diversité de personnages et de personnalités. Le fait de se voir représenté dans les films et les séries fait beaucoup de bien. On se sent plus légitime à être qui on est et on peut parler plus facilement autour de soi. »

Petit précis de vocabulaire autour du dossier

Adelphe, adelphie : ce terme provient de la botanique pour désigner la structure de plantes constituées en plusieurs faisceaux soudés. Étymologiquement, « adelphe » nous vient du grec et signifie « union », « frère ». Réapproprié par les militant·e·s queer, en particulier non-binaires, il sert d’équivalent non-genré aux notions de « sororité » et de « fraternité ».

Allié·e : se dit d’une personne hétérosexuelle et cisgenre qui se bat contre les LGBTphobies ainsi que l’hétérosexisme.

Androgyne : se dit d’une personne dont le genre est un mélange de caractéristiques féminines et masculines. Attention : ne pas confondre avec l’expression de genre (apparence physique et vestimentaire) androgyne !

Adelphe par Sophie Cousinié

Bisexuel·le : se dit d’une personne attirée par plusieurs genres (ce peut donc être tous les genres et inclure les personnes non-binaires).

Cam girl, camboy ou camperson : se dit d’une personne qui expose son corps sur Internet de manière sexuellement explicite par le biais d'une webcam, souvent pour gagner de l'argent.

Cisgenre : se dit d'une personne dont l'identité de genre correspond à son sexe de naissance. C'est l'inverse d'une personne transgenre, qui ne se sent pas en accord avec son sexe biologique.

Domina : femme qui joue un rôle dominant dans la pratique BDSM.

Dysphorie de genre : anxiété voire dépression résultant du fait de ne pas vivre son vrai genre.

Enby : signifie non-binaire, en anglais « no-binary gender ». Le terme est né des initiales de non-binary, NB, que l’on prononce donc « enby ».

Par Aconit

Enbyphobie : discriminations et violences visant les personnes non-binaires.

Euphorie de genre : contrairement à la dysphorie de genre, l’euphorie de genre résulte du fait de vivre dans son vrai genre (ex : quand les gens utilisent les bons pronoms).

Fem : abréviation de « féminine ».

Gender fluid ou genre fluide : se dit d’une personne dont le genre fluctue dans le temps et / ou selon les circonstances.

Hétéronormatif / hétéronormative : désigne un système social dans lequel il est considéré que la norme est d’être hétérosexuel·le. Désigne par extension tout comportement ou pensée conditionnés par cette norme.

Intersectionnalité : concept inventé par Kimberlé Crenshaw à la fin des années quatre-vingt dans la foulée du Black Feminism. Il illustre l’intersection des oppressions vécues par les femmes noires de classes défavorisées et vise à montrer que la domination est plurielle (genre, sexe, classe, race, handicap… ).

LGBTQIAAP+ (ou LGBT+) : « Lesbienne, Gay, Bisexuel.le, Trans(genre), Queer, Intersexe, Asexuel.le, Agenre, Pansexuel.le, + ». Le plus représente tous les termes n’ayant pas été cités de manière à rendre l’acronyme plus inclusif. On parle en général de la communauté LGBTQ+. Il existe différentes versions de l’acronyme incluant un deuxième Q pour « en questionnement ».

Neuroatypique : se dit d’une personne qui a un fonctionnement neurologique qui s’écarte de la norme établie. Le terme « neuroatypie » a d’abord été inventé par et pour la communauté autistique, afin de parler d’autisme, puis du spectre autistique et d’autres handicaps cognitifs comme le TDAH, les troubles dys (dyspraxie, dysphasie, dyslexie, dyscalculie… ).

ANTONYME : Neurotypique ou Alliste

Non-binaire : ce terme parapluie recouvre des identités, expériences et expressions de genre très différentes les unes des autres et qui ont comme point commun de ne pas s’inscrire entièrement dans les catégories binaires Homme / Femme.

Par Aconit

Pansexuel·le : une personne attirée par tous les genres ou indépendamment du genre.

Passing : désigne une expression de genre permettant clairement d’identifier une personne comme d’un genre ou l’autre (ou pas du tout pour les passings androgynes). Le cispassing désigne le fait qu’une personne trans « passe » comme une personne cis.

 

Psychoatypique : se dit d’une personne qui a un fonctionnement psychologique qui s’écarte de la norme établie. La psychoatypie renverrait à des particularités psychiques « acquises » (troubles anxieux, dépression…), dépendantes des événements de la vie (abus sexuels, maltraitance ou négligence parentale, harcèlement scolaire, exclusion sociale… ).


Queer, genderqueer (« étrange » en anglais) : terme parapluie qui englobe toutes les identités de genre ou orientations sexuelles et romantiques qui diffèrent de la norme hétéro et cis, et donc en dehors de la binarité de genre. A l’origine, une insulte que la communauté LGBTQIAP+ s’est réappropriée.

Steampunk : à l'origine, un mouvement littéraire, sous-genre de la science-fiction inspiré par Jules Verne et le retrofuturisme. Le steampunk a évolué en un mouvement créatif, musical et associatif qui compte des milliers d'adeptes de par le monde.

SWERF (Sex Worker Exclusionary Radical Feminist) : des « féministes » radicales qui excluent les travailleur·euse·s du sexe du mouvement. En réalité, elles n’ont rien de féministes et s’attaquent violemment aux TDS, notamment les TDS non-binaires et trans.

 

TERF (Trans Exclusionary Radical Feminists) : des « féministes » radicales qui excluent les personnes trans du mouvement. En réalité, elles n’ont rien de féministes et s’attaquent violemment aux personnes trans, notamment les femmes trans.


Trans : se dit d’une personne dont l’identité de genre ne correspond pas au sexe de naissance.

Transféminin·e : une personne qui a été assignée homme à la naissance mais qui s’identifie partiellement ou totalement au genre féminin (ce terme inclut donc des personnes non-binaires et des femmes trans).

Transitionner (transition) :  décrit un parcours pour vivre dans son vrai genre. La transition peut être purement sociale (reconnaissance sociale de son genre, prénom, pronoms, vêtements, …) et/ou physique (hormones, chirurgies). Chaque personne à un parcours différent selon ses besoins. Il n’existe pas de transition « type ».

Transmasculin·e : terme utilisé pour décrire une personne trans qui a été assignée femme à la naissance mais s’identifie plus au genre masculin. Cela inclut toutes les personnes qui s’identifient au spectre masculin du genre : les hommes trans, les non-binaires, les personnes de genre fluide (dont le genre fluctue) qui sont le plus souvent de genre masculin, les personnes multigenres (qui ont plusieurs genres) s’identifiant de manière plus forte au genre masculin qu’à leurs autres genres…

Trouble du Déficit de l’Attention avec ou sans Hyperactivité (TDAH) : trouble du comportement qui associe, selon des modalités variables, une faible concentration, une impulsivité verbale et motrice, des légères pertes de mémoire, une productivité accrue le soir.

 

Validisme ou capacitisme : forme de discrimination, de préjugé ou de traitement défavorable contre les personnes vivant un handicap, une neuroatypie, une maladie chronique.

 

Xénogenre : se dit d’une personne non-binaire qui utilise des termes inhabituels pour décrire son genre. Ces termes sont empruntés à des champs lexicaux ne se rapportant habituellement pas au genre (couleurs, éléments de la nature, etc. ).

 

… Et plus encore !

Remerciements : Vodounsi, Maa, Aconit, Dave, David, Eliz, Peter, Alex, Elsa, Colombe.

Dossier réalisé par PMS

Dessins : Peter, AconitSophie Cousinié

Décembre 2020

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