Peach Pony, artiste trans punk du chaos

Peach Pony parle de son art queer et punk dans une forme d’autoportrait confiné.

« Je suis Peach Pony.

Je viens de Bruxelles, où j’ai expérimenté la vie en squats et côtoyé la scène punk. Je vis à Marseille depuis deux ans. Depuis le confinement, j’ai repris la musique comme média principal pour parler de cul et de mes histoires poly-relationnelles chaotiques. Je sors un clip par semaine sur ma chaîne YouTube. C’est un album vidéo progressif qui s’intitule Le cœur le cul, en lien avec l’émission radio « Les courriers du cœur du cul » qui émet le 4ème mercredi du mois depuis Radio Panik, une radio associative à Bruxelles.
Ce sont mes copines, elles m’ont toujours soutenuE dans mes projets et m’ont permis de vaincre ma timidité. Cette émission parle de nos relations queer de manière créative. Elle fonctionne selon le principe d’antenne rose : tu peux les appeler et parler de tes fantasmes, tes pratiques sexuelles.

 

Cette semaine, je sors un clip sur les plans cul à la piscine. Les personnes qui me suivent reconnaîtront bien mon esthétique, des incrustations approximatives d’images glanées sur Google sur des fonds kitsch, où je chante de manière désabusée. Ce projet est plus minimaliste, répétitif. Je me filme moi-même, d’ailleurs j’ai toujours tout fait toute seule, ça fait dix ans que je produis des masses de choses DIY bricolées dans mon coin. Je prépare plusieurs featuring à distance, avec des potes et aussi des artistes que je ne connais pas.
Ça m’arrive d’écrire à des artistes que j’admire et souvent je me prends des vents (rires diaboliques). Je crois qu’iels se demandent : « c’est une blague ? » (haha). Y’a eu Sexy Sushi, Amanda Lear, Alizée, et d’autres, je ne me rappelle plus…
Je n’ai jamais voulu faire un boulot artistique ni mettre les moyens pour produire quelque chose de propre, je veux rester underground. Je ne me vois pas non plus travailler pour le système capitaliste. Ça m’est arrivé, en resto vegan. Je kiffais ce boulot mais ça s’est très mal passé, je subissais le harcèlement homophobe et sexiste...

J’ai fait des dizaines de concerts dans des squats, la plupart du temps on captait pas un mot de ce que je chantais, le son était pourri et je me mettais à gueuler bourréE au micro. Les potes adoraient mais j’en ai eu marre, j’ai arrêté la scène car ça me stresse trop de jouer en live. Par contre, je rêverais de jouer dans un groupe.

Il y a de longues périodes sans aucune inspiration, où je prends du temps pour moi. Je fais mes expériences de vie, dans ma communauté transféministe, je fais des voyages où je vais voir mes relations et je traîne aussi dans les sex clubs où je rencontre des nouvelles personnes qui viennent d’autres horizons et avec qui je n’ai pas forcément de rapport sexuel.

Puis, d’un coup, les idées fusent et je peux leur donner multiples formes, que ce soit un texte, un collage, un dessin, une perf ou une chanson.
J’écris mes rêves et des souvenirs d’enfance, des histoires de fiction avec des personnages intersexes et transgenres, qui corrélationnent et qui sont confrontéEs à toutes sortes de dramas, et se réfugient dans leur communauté, dans un monde imaginaire.


Je suis une personne genderqueer issue d’une famille blanche très précaire, nihiliste, où généralement la mère était la femme de ménage, la pute, la folle, et nos pères se voyaient être électriciens, trafiquants, pilleurs de tronc dans les églises*, avec un détour par la prison.
Je fouille dans les événements qui ont causé mes traumas, les malédictions transgénérationnelles. Pourquoi suis-je la seule personne queer (qui soit OUT) dans ma famille ? Au même titre que les artistes et les « alluméEs » qu’on a connuEs, on n’en parle pas. À dix ans, je fouillais en cachette, la nuit, le grenier, et répertoriais les vinyles de mon grand-père, qui étaient bien cachés, que j’allais télécharger ensuite. J’ai fait mes premières découvertes de techno, acid house et synthpop comme ça. La musique a été mon échappatoire quand je commençais à assumer que j’étais différentE. J’étais un pédé avec des seins et sans aucun diplôme. C’est après avoir vécu des années à la rue que j’ai découvert les milieux squat, queer et féministes. J’ai enfin trouvé ma place.


Je suis très attachéE à l’esthétique des années 80 et ça se ressent dans tout ce que je fais.


J’ai rassemblé mes forces et autopublié deux zines qui regroupent tous mes textes des deux dernières années. Je commence avec des rêves, des souvenirs de chemsex*, de plans baise et je propose dans la deuxième partie un roman où la plupart des personnages sont transgenres. Je mets des trigger warning avant chaque texte pour prévenir les personnes du contenu choc auxquelles elles peuvent s’attendre en les lisant.

 

C’est téléchargeable et imprimable gratuitement ici :

 

Peach Pony – Pelures et Crinières 1


Peach Pony – Pelures et Crinières 2

Extrait :
 

C’était le soir du 24 décembre.
Je n’avais pas été invité dans ma famille, qui avait pris des vacances à l’étranger pour fuir cette stupide fête. Les gens qui vivaient dans mon squat avaient préparé à manger, certains s’enfermaient dans leur chambre avec leur télévision. Moi je me baladais dans le centre. Les rues étaient désertes, il neigeait énormément. J’ai discuté avec mes potes SDF vite fait. J’ai eu une impression de déjà vu. C’était la période des suicides.
Je suis allé dans le pire bar de la ville, un pub irlandais qui passe le foot américain en boucle, avec de la mauvaise musique si fort qu’on doit hurler pour s’entendre.
Tu étais assis à une table. Seul. Tu regardais une carte de tarot. Je suis venu te voir. On s’est compris tout de suite. C’était il y a 6 ans je pense. Mais je me souviens de ton visage mignon et ta pudeur. Ton rictus et tes joues de bébé.
Tu m’as proposé de fumer de la coke avec toi. Ta copine était pas là, elle était avec sa famille. On est allé chez toi, j’ai pris une douche. On a regardé l’étrange Noël de Monsieur jack. Exactement ce que j’avais fait 14 ans plus tôt, le jour de noël, quand j’avais 8 ans.
Tu connaissais les chansons par cœur et moi aussi. J’étais posé sur toi sous la couette.
Plus on fumait plus on était lourds.
A un moment j’ai tenté une approche tu t’es ouvert tout entier comme un sachet de pop-corn.
Je t’ai bouffé le cul.
Tu voulais bien que je te prenne.
Et finalement tu préférais arrêter.
Tu m’as pris.
Et on s’est endormis comme ça.
En Tetris.

C’est hyper important de se politiser aujourd’hui, de regarder ce qui se passe. La répression avance partout dans le monde, surtout en ce moment avec le confinement où les minorités de classe, de genre et d’ethnie s’en prennent davantage dans la tronche. C’est juste la vie mais en pire, on n’a plus le droit de sortir dehors, on se sent encore mois apte à agir, manifester…


Sur les questions des privilèges, j’aime bien demander :
« Quand tu sors dans la rue, il se passe quoi ? »
Quand tu sors dans la rue, que t’es blancHE et que t’as un bon passing* cis ou un bon passing de classe moyenne, tu ne subis pas la même violence, les mêmes harcèlements que les personnes précaires sans aucun passing lorsqu’elles sortent dehors.
Il faut sortir dans les rues en bande, se soutenir le temps d’une sortie, taguer les murs, faire passer les messages et tout péter, au mieux.

On assiste à l’élévation d’un état policier. C’est la répression plus que jamais, et on est là à se féliciter parce qu’on s’est surpasséE à faire un live sur Facebook ou YouTube.

Soutenez les dynamiques collectives qui se mettent en place pour les collectes de bouffes (ça y est, elles se font défoncer par la police, elles aussi), les caisses solidaires pour les travailleurEUSEs du sexe confinéEs, soutenez les artistes trans qui font des choses plutôt que d’entretenir la pyramide capitaliste sur YouTube, majoritairement hétérosexiste. On adore mais y’a pas que ça, en fait. »

Peach Pony

Avril 2020

Notes explicatives :

* Pilleurs des troncs : ceux qui volent l'aumône dans les urnes.

* Chemsex (chemical sex) : le sexe sous produits chimiques.

* Passing : fait d'être perçuE comme une personne cis, c'est-à-dire un type d'identité de genre où le genre ressenti d'une personne correspond à son sexe biologique, assigné à la naissance, par une personne ou un environnement donné.

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