Carol, fragments d'un miracle amoureux : du cinéma de haut vol pour amour prodigieux

Laissez-moi vous présenter Carol.

Carol est une histoire d’amour lesbienne, le meilleur film LGBT de tous les temps selon le BFI Flare 2016 (Festival gay et lesbien de Londres), c’est un film réalisé par Todd Haynes en 2015, c’est une intrigue tirée d’un roman de Patricia Highsmith, c’est le nom d’une des deux héroïnes envahie de passion et prise au piège dans une Amérique des années 50 où l’homosexualité se révèle immorale.

Therese Belivet, jeune femme aspirante photographe, travaille dans un centre commercial de Manhattan, au magasin de jouets. Elle semble réservée par rapport à sa relation avec son petit ami, aux autres et à l’environnement extérieur en général. Noël approchant, Carol Aird, femme mariée, bourgeoise élégante (non, absolument magnifique), tout de vison et de bijoux vêtue, est en recherche d’un cadeau pour sa fille Rindy. Carol et Therese se croisent pour la première fois, l’une porte un bonnet de Noël, l’autre oublie ses gants sur le comptoir les séparant. Rooney Mara et Cate Blanchett dans leurs personnages font des étincelles, portant avec force et merveille la passion amoureuse. Je n’en dirai pas plus de l’histoire, pour en rien ne gâcher le plaisir de la découverte de ce film.

 

Todd Haynes choisit de tourner cette histoire d’amour en 16 mm, au travers de pare-brises et vitrines, voguant entre reflets et fumées, faisant couler des larmes des vitres embuées, comme pour souligner l’épreuve des deux femmes. Ces choix visuels plongent l’univers de Carol dans un New York terne, aux nuances de gris et ouvre aussi une photographie de l’intime, nous permettant d’être époustouflées par ce théâtre de l’amour fou dans un cadre formel. Ainsi, l’esthétique du film est magnifique, l’image très maîtrisée : du décor charmant des vitrines et costumes d’époque aux automobiles raffinées. Les plans sont également sublimes et pudiques, dévoilant en faux-fuyants, de biais ou en perspective croisée l’amour impossible. L’image livre ainsi une peinture impeccable et réaliste.

Alors, au milieu de ce décor feutré et figé de ces années molles aux mœurs violentes, évoluent, s’illuminent Therese et Carol, au besoin impérieux de s’aimer malgré tout. Malgré l’incompréhension de l’époque, malgré les conditions de femme et de mère, malgré leurs situations sociales opposées.

Si le travail de mise en scène est soigné et minutieux, il en va de même pour le scénario, bouleversant de douceur et de terreur : tourbillon de regards et de gestes élancés de sentiments, bouillonnants d’émotions bercent cette épopée. La relation amoureuse des deux femmes est retenue, coincée par le puritanisme ambiant qui ferait de cette liaison un danger, elle bat de plus en fort. Les deux femmes vivent, respirent et soupirent cet amour comme l’on convoite un crime. La sensualité se traduit ici dans une chorégraphie de la délicatesse, l’amour se mesure à la pudeur, face au danger d’exhiber ces sentiments. D’ailleurs, on en parle pas, on ne les prononce pas.


Ici pas de champ lexical de l’amour ou de l’homosexualité, on s’en tient aux regards et on imagine. Et je crois qu’on imagine bien. Carol est un film d’une élégance rare, ré-ouvrant aussi le récit original (et semi autobiographique : The Price of Salt de Patricia Highsmith), c’est un chef d’œuvre puissant et délicat, il porte avec justesse et honneur les femmes, le combat pour la reconnaissance des droits, et avec délicatesse et force, il nous attire pour plonger dans la beauté de l’amour, celui qui veut vivre, celui qui nous pose question, celui qui transforme. Le thème est clair, c’est bien celui du lesbianisme dans l’Amérique des années 50, mais on l’oublie rapidement, saisi par la beauté de Carol, l’innocence de Therese, tout ce que le film ne dit pas mais sait montrer avec tant de vérité, on voit une magnifique histoire d’amour.

 

Et c’est pour moi, une grande réussite.

 

Texte et dessins : Sophie Cousinié

Avril 2020

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